Le loup Mutant poème de Martineau Philippe
Poèmes

Le loup Mutant

par Martineau Philippe

Fier d’être un loup
sans trace au cou,
il était craint du plus grand nombre,
et même de son ombre.

Mais, nul n’étant parfait,
il fut soudain pris de remords,
s’accusant en effet
de n’avoir point trahi son sort :
― Mais que n’ai-je désobéi aux devoirs de ma race,
que n’ai-je mis en miettes l’instinct de ma nature,
que ne me suis-je haï d’avoir été vorace
et que n’ai-je au sang des bêtes préféré leur pâture !
Car je voudrais qu’on m’aime et qu’on m’estime,
ne plus être celui qu’on connaît pour ses crimes.
Il me faut présenter aux témoins et aux veuves
mes regrets à voix haute, et produire la preuve
que je porte à présent un dentier d’herbivore
ou qu’au moins le thym est tout ce que je dévore.

S’étant alors blanchi la peau
et parfumé la gueule entière,
il trottina jusqu’au troupeau
( qu’il avait bien réduit d’un tiers ).
Il y bêla du mieux qu’il put
pour exprimer son repentir,
mais « loup qui bêle n’est pas cru »
au point qu’un pâtre vint l’occire.

Et la morale
en cette affaire
condamna l’animal
aux flammes de l’enfer,
attendu que le mal
n’est pas qu’un loup commette un crime
mais qu’il en plaigne les victimes.

Extrait de: 
FABLES DE COMPAGNIE (http://enmotdiese.free.fr/a_auteurs.htm#martineau_fable)


Poème publié et mis à jour le: 11 juin 2019

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