Poèmes

La Chaux

par Edouard Glissant

Si blanche l'étrangère à ce pays de feuilles,
A la sortie du bourg dans des caissons de bois,
Elle attendait nos mains quand finissait l'école
Et les tachait de rouge pour brûler.

Oui, fleuves — oui, maisons,

Et vous, brouillards — et toi,
Coccinelle incroyable,

Chêne creux du talu3,
Ouvert comme un gros bœuf,

Qui ne vous entendrait
Criant comme des graines
Sur le point de mûrir?


Patience, quelques siècles
Et nous pourrons peut-être
Nous faire ensemble une raison.

Ce soir encore l'étang

Ne s'est pas mis debout

Au passage du vent.

Les chambres sont glacées

Comme des carpes.
La peur

Ne quitte plus les longs couloirs.

L'étang viendrait
Devant les vitres,
Bavant des joncs et des têtards.

Il y a quelqu'un

Dans le vent.

Sa main se venge

Sur les murs et les arbres.


Corps humains que l'on palpe,

Corps qui suent :

Rien que ces corps

Devant la peur, devant le froid

Et l'avenir.

Et si l'étang se lève, libidineux,

Il n'aura pas raison

De notre calme;

Nos mains, qui caressent les femmes,

Sauront l'atteindre et lui percer le ventre.

Nous construirons.

Nous liquiderons la peur.
De la nuit

Nous ferons du jour plus tendre —

Et nous n'aurons besoin
Que du toucher des peaux.



Poème publié et mis à jour le: 14 novembre 2012

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