Promenoir de la Mort Seule, Edouard Glissant
Poèmes

Promenoir de la Mort Seule

par Edouard Glissant

La baie triste n'a pas bougé
Sur un lac de roses, jonchée
De morts pâlis dans les rosiers
Baie funèbre elle est demeurée

La rive hésite la mer passe
Les barques sont laveuses d'eau
Noir est le sable, la couleur
Est évidente dans ce lieu

Les oiseaux y vêtent de gris
L'azur trouble de leurs envols
Telle évidence a rendu folle
La première vague échouée

Vagues de folie en folie
Hâves les autres ont suivi
Les rosiers ont gardé l'aumône
Des suicidés, à leur surplis

La race blanche des frégates
Jamais ne vient à ces repas
Elles vont sonner d'autres glas
Où le vent ne porte point gants

Ici ne bougent que l'émoi
Du souvenir et ce haut cri
Qu'un midi d'août on entendit
Sur la falaise et son troupeau

Un cri de terre qui déploie
Les nervures de son été
Parce qu'amour l'aura fouillée
Ou que la pluie est avenante

Un cri de femme labourée
A la limite des jachères
Ses seins nubiles partagés
Entre la misère et la mousse

Cri de verrous et cri d'orfraie
Et ce peuple était endormi
L'oiseau rapace fait son nid
Sur la cendre de l'arbre, vive

Et ne bouge encore que lait
Des goémons cette senteur,
La mort vivifie la mort
Baie funèbre elle est demeurée

Mais triste elle n'a bougé

Sur son lac de haines, jonchée

De morts pâlis dans les halliers

Qui vous pardonnent, ô rosiers.



Poème publié et mis à jour le: 14 novembre 2012

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