Créanciers, Edouard Glissant
Poèmes

Créanciers

par Edouard Glissant

MONSTRES

Il y a des monstres qui sont très bons,

Qui s'assoient contre vous les yeux clos de tendresse

Et sur votre poignet

Posent leur patte velue.

Un soir —

Où tout sera pourpre dans l'univers,

Où les roches reprendront leurs trajectoires de folles,

Ils se réveilleront.

FACE

Pays de rocaille, pays de broussaille — rocs
Agacés de sécheresse.

Terre

Comme une gorge irritée

Demandant du lait,

Femme sans mâle, colline

Comme une fourmilière ébouillantée,

Terre sans ventre, musique de cuivre :

Face

De juge.

Du bouton de la porte aux flots hargneux de l'océan,
Du métal de l'horloge aux juments des prairies,
Ils ont besoin.

Ils ne diront jamais de quoi,

Mais ils demandent

Avec l'amour mauvais des pauvres qu'on assiste.

Il ne suffira pas de les mouiller de larmes
Et de jurer qu'on est comme eux.

Il ne suffira pas

De se presser contre eux avec des lèvres bonnes

Et de sourire.

C'est davantage qu'ils veulent pour les mener à bien
Où la vengeance est superflue.

Des milliers d'yeux jaunes luisent dans la forêt.
Me réclament le sang.

Que je ferme un instant les yeux,

Ils s'abattront sur moi,

Ils me dissoudront dans l'humus

Où depuis toujours

Je sens mon odeur.



Poème publié et mis à jour le: 14 novembre 2012

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