La Bête, Léo Ferré
Poèmes

La Bête

par Léo Ferré

C'est une bête dégueulasse et solitaire
Une idée noire comme on dit chez la misère
Un insecte impoli qui fait dans vos affaires

Le conducteur du
Paris-Nice a des visions
Le westhingous lui joue la valse hésitation
Sa femme a fait des trous dans sa réputation

La diseuse du coin en pince pour
Prévert

Quatre mois sans boulot ça fait presque l'hiver

Les ceufs durs sur le zinc c'est peu mais c'est pas cher

Je ne veux pas nourrir toutes ces mitrailleuses
Dit-elle en se touchant la boutique pondeuse
Et madame
Anna fait sa grossesse nerveuse

Le riz indochinois ça se mange couché

Les avoir à zéro ça n'est pas un cliché

Un oiseau dans le ciel ça peut pas se toucher

Le piano du second n'aime plus la musique

Le professeur a une élève bucolique

Sa femme a dans la tête un piano mécanique

Le député mange la poule avec ses doigts

Et jaune comme un coin devant le duc pantois

Il meurt d'avoir failli boire le rince-doigts

Monsieur
Lévy a fait des erreurs à la
Bourse

Et ne voit plus briller que l'argent de
Grande
Ourse

Depuis que maintenant le soir il fait ses courses

L'évêché a reçu des lettres anonymes

S'asseoir au
Flore pour fumer n'est pas un crime

Monsieur l'abbé se meurt d'une envie légitime

Bienheureux le médiocre et bienheureux le fou
Qui sentant le cafard lui serrer les écrous
Ne se demande rien et va pisser un coup



Poème publié et mis à jour le: 15 novembre 2012

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