Dans le Dédale Blanc, Jean Claude Renard
Poèmes

Dans le Dédale Blanc

par Jean Claude Renard

Pays quittés,

je gagne les ravins en quête d'une piste promise au pur silence, à l'empreinte faste qui s'efface...

Où le froid mène importe peu

— sauf qu'à l'impromptu m'y saisissent les premières laines du secret!

Le vent s'aiguise au seuil d'une caverne.
Si la menace ne se fie qu'au refus, pourquoi craindre ce qui me guette?

A l'aube, dans les fougères qui consument la mémoire, je me dénuderai.

Je laverai mes yeux avec du lait d'écorces.

Puis je repartirai poser aux sources peut-être enfouies dans la garrigue

la question de ma soif.

Mais la reconnaîtrais-je si je rencontrais l'eau?

Un vol de cailles m'égare et me dirige.

Serait-ce moi que je défie : ma recherche et ma fuite mêlées à qui me cherche el m'échappe aussitôt que se touchent nos corps?

Mes os en gardent un goût de figues comme du cristal frais dans la braise.

Le voyage a deux commencements.

Là-bas, près des falaises d'Ogol, où dans la plaine primordiale un peuple vêtu de feuilles rouges danse, sous les hauts masques, la parole de l'origine,

le sacre a lieu

— fertile par ses différences.

Et derrière les murs incrustés du damier noir et blanc des morts nous partageons l'or indicible.

Sans hasard, sur les tertres, brillent les coqs de bois enterres à demi, passée l'initiation, pour célébrer l'énigme, en accueillir le meurtre bienfaisant.

Venu l'été,

les pluies s'en vont, les dieux verts se taisent dans les îles.

Seul encore, élu par leurs songes,

le grand bélier reste gluant de sève, irrigué de langage, et dévoile aux chasseurs les proies que l'on épie mais que l'on ne lue pas...

Aucun domaine n'est clos.

Veiller harcèle, creuse, aimante

— même si la légende n'attise ici le feu que du fond de l'absence.

Au gré des fourmis hiératiques traçant les merveilles sur le sable

l'enfance fascine la femme issue de l'ancien sang,

l'exorcise, la voue à qui n'a pas de nom

pour incarner en elle l'alliance toujours conclue et toujours future.

Par oracles de l'arbre inviolable

l'un et le double aspirent à s'unifier dans l'érection de la foudre. Épis en main,

j'honorerai ce soir les planètes propices à la révélation qui déjà m'habile et m'invente.

L'angoisse ne naît point du risque mais de manquer la fable sainte,

— la fête où s'offrir neuf au vide,

affronter le non-sens qui dans le non-sens même rend chaque chose déchiffrable.

Hormis blessée, brûlée, livrée à ses démons l'existence semble interdite!

Pourtant, près des banquises, les villes de la mer luisent parfois d'oranges et d'abeilles...

Tout amour ouvert à l'abîme éloigne la malédiction.

Qui s'effraierait du néant?

Dans le rien loge le mystère — et l'impossible est à l'instant possible.

Un jeune herbage se tient prêt, sous l'histoire, à changer le regard.

à l'accroître, par nuit, d'une étrange voyance.

Ce qui s'approche défend de préférer mais du désir fait un peu moins d'exil et s'il lui donne lui donne plus que tout.

Attentif.

disponible à la métamorphose, l'intime espace attire une présence qui ne se vit qu'errante...

Entrant dans la ténèbre

je demande à ses neiges quelle seule solitude enseigne que nul n'est seul.

Est-ce l'heure

(comme les huîtres bâillent quand la lune ascendante croise le méridien de leurs lits de coraux — ou comme les pommiers, taillés lorsqu'elle décline, s'enfruitenl
davantage)

de l'augure lisible d'une joie?

Il faudrait trouver le chemin : la profanation transparente...

Excepté l'écart incomblable qui comble de soi toute brèche, rien vers les puits n'oriente les racines, n'achève l'inachèvement.

J'ignore si c'est la réponse
I — ou l'extrême espoir d'espérer.

Mais doucement, comme une clairière, un fleuve sourd du labyrinthe.



Poème publié et mis à jour le: 14 novembre 2012

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