Souhait, Othon de Grandson
Poèmes

Souhait

par Othon de Grandson

Il me convient par souhait conforter.

Sans souhaiter ne pourroye ' porter,

Au long aller, les griefs * maux que je port -'.

Bon est souhait qui fait au cœur déport *

En souhaitant se peut un homme déduire *,

Lui soulacer * et sans nul autre nuire.

Et puisque j'ai des souhaits abondance,

Et mon souhait ne fait à nul grevance *,

Et j'ai si peu des autres biens d'Amour,

Souhaiter veux sans faire nul demour *.

Tout le premier souhait que je veux faire.

S'il ne devait à ma dame déplaire,

Je voudroye que je fusse, par m'âme,

Pour homme tel comme elle est pour femme.

Pareil à lui de tout amendement.

Et mon cœur fût aussi entièrement

En
Dieu servir et faire bonnes œuvres.

Comme le sien est à toutes heures.

Et susse mon honneur tant aimer

Et moi garder qu'on ne me dût blâmer.

Et voudroye que je eusse ' la grâce

D'être tenu en toute bonne place

Pour aussi bon en enterin * de gens d'armes

Comme on la tient pour belle entre les dames.

Et fusse plein de volonté hardie

Tant comme elle est pleine de couardie.

Ni nul travail que je dusse souffrir

Ne me grevît ni plus que le dormir.

Et mon corps fût si grand et si puissant

Comme le sien est faible et souffrant.

Et me tenîce ' de jouter le métier *

Tous aussi bien comme elle le dansier.

Et me plaisît ' si bien mon honneur querre *

Comme à lui ' plaît être loin de la guerre.

Et aimasse les chevaleureux faits

Tant comme elle aime les repos et les paix.

Et voudroye que je fusse toudis *,

En cœur, en fait, en pensée et en dits,

Si gracieux comme elle est gracieuse,

Et si courtois comme elle est dangereuse *,

Si bel pour homme, si plaisant et si gent,

Et tant aimé de toutes bonnes gens,

Et fusse né en si grant gentillesse

Et en mon cœur eùst ' tant de noblesse,

Que tous mes faits fussent d'homme si fin *,

Comme les siens sont parfaits féminins.

Et fusse tant à la plaisance d'elle,

Si bon, si bel, comme elle est bonne et belle,

Et quand ces biens me seraient advenus,

Que bon et biau * seroye devenu,
Et suffisant en tous cas pour lui plaire,
Je voudroye que mes quatre contraires,

Danger *,
Paour *,
Refus avec
Durté *,


Je l'ai souvent en devise porté

Et ont souvent mon cœur teint et noirci —

Fussent tournés en douceur et merci

Et de merci en grâce et en pitié.

Si tournerait ma douleur en santé

Et muerait ma grief * irour * en joye.

Et en la fin de mon souhait voudroye

Que je fusse de ma dame choisi

Pour son servant *, non mie * pour ami,

Mais que ce fût ce samedi matin

Pour ce qu'il est le jour de la saint
Valentin.



Poème publié et mis à jour le: 15 novembre 2012

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