Poèmes

Printemps en Flammes

par Mohammed Hachoum

Nous Amazighs Arabes Musulmans
Témoins soussignés d'un printemps précoce
Si casanier soit-il, il sort de sa tanière
Le froid le pénétrait jusqu'à la moelle épinière
Il jette sur les Places des Martyrs
Garants de la liberté de la foi
Sur les jardins sur les champs
Sur tous les toits
Des lueurs fauves et mouvantes
Un regard qui dépouille les plantes de leur écorce
Les roses et les jasmins vocifèrent
Se fanent s'étiolent se brûlent
Intolérable est cette atmosphère de galère,
Avouons avoir participé à l'effervescence de faux dieux
Assoiffés de sang depuis longtemps
Qui lancent partout plus de douleur
Sèment plus de terreur
Des corps humains ceux de nos frères et soeurs
Désemparés fatigués suite à une abondante carence
A une longue errance
En quête d'un abri qui les protège
Contre ces idoles cruelles
Contre leur narcissisme venimeux et mortel
Ils refusent d'être à jamais esclaves
Qui courent après leurs chaînes
Leurs voix se transforment en laves
Brisent les rênes
Scandent en cadence
A tue-tête des mots interdits
Face à toute forme de tyrannie
A cette fâcheuse manie
De répéter sans cesse "Oui!Oui!Oui!"
Qu'éclate au grand jour le non-dit!
A bas ces astres maudits!
Qui survolent les mers et les océans
Pour censurer nos faits et gestes
Pour avoir les mains lestes
Ils ont honte d'avoir étouffé le "non" hardi
Qui n'assassine pas le rêve dans son berceau
N'alourdit pas les ailes d'une tourterelle ou d'un moineau
Ils n'ont plus peur de leurs ombres
D'un lendemain sombre
Ils savent qu'ils doivent ou périr
Ou fondre dans les débris du tumulte
Qui s'élève
Soulève des vagues de révolte
Dérobe à la mer houleuse sa colère
En fait une arme de reconstruction massive
Un raz de marée
Qui s'abat sur plusieurs contrées
Déclenche la trame d'une transe épique
Les horizons immenses s'enflamment
Contre vents et marées la foule hargneuse rame
Une odeur de brûlé se répand dans les airs
Siffle le début d'une nouvelle ère
Avec des transports d'allégresse
Un appétit d'ogresse
Des brigades fidèles à leurs serments d'allégeance
Aux faux dieux
Exorbités de leurs cieux
Mènent la danse
Parmi le charivari des tirs denses
Des enfants atypiques
Psalmodient des cantiques hermétiques
Des centaines de morts remplissent de larges espaces
Le poète fourbu semble voué à une mort lente
Dans l'humiliation d'une survie coquine
Qui le harcèle et le tente
Dans les creux des sillons d'une écriture
Qui le martèle et le taquine
Par une question maligne:
"De quel printemps s'agit-il?"
Quand les lumières des villes s'éteignent
Et leurs âmes deviennent viles
Quand les philosophes/prophètes
Ne tiennent plus tête aux esprits incultes
A leurs destins geôliers tortionnaires
Machines infernales
Qui tiennent les rênes
Qui les écrasent les étalent
Sur la table du boucher polygame
Pour la vente au prix de leur défaite
Au prix du baril de pétrole
Pour les enrôler dans un corps missionnaire
Gais les rend l'ébriété
Infect est le jour de fête
Où ces érudits perdent la tête
Où ils avalent leurs langues
Se laissent mener par le bout du nez
S'enferment dans un mutisme indéterminé
Aveuglant est leur arrivisme
Débordant est leur opportunisme inné
Floue est leur harangue
Quand ils retrouvent la parole
Devant des chaînes étrangères
Qui réclament pathétiquement la liberté
Pour l'indigène la pègre
L'Arabe le sale nègre
L'Amazigh le sauvage le rapace le tigre
Le Musulman non intègre
Le terroriste prêt à exploser à Tel-Aviv
A Gaza et ses rives
Ces orateurs dont les bourses sont bien garnies
Récitent sur toutes les scènes politiques
Des textes sarcastiques
Messagers d'une suite de printemps
Qui mémorise dans un flux et reflux de sang
Des instants dérobés à une Histoire apocalyptique
Des peuples opprimés
Non admis dans les premiers rangs
Reproche aux poètes d'enterrer leurs cris rimés
Dans le brouillard des légendes mythiques
Savons-nous ce que ce printemps précoce nous cache?
Peut-être de profondes balafres
Un crucifix sur des cadavres
Qui de leur linceul clandestinement se détachent
Des âmes rebelles faisant de leur désespoir
Un vin du terroir
Qu'elles boivent à la santé de leur mémoire
Où logent les déboires
Les mettent au pas
Trustent les temps
Consument les roses ternies
Les voilent par les étincelles des chaudières tubulaires
Leur organisent des cérémonies mortuaires
Ô printemps! La terre dans son délire
Chante entre en transe soupire
Quand tu chevauches la nuit le rêve le passé vestige
Ivre de sang de carnage
A la croisée des chemins tu craches des nuages
De fournées de miséreux sans visages
Qui pénètrent dans la fournaise
Pris dans un redoutable engrenage
De violence de malaise
Cherchent un poète qui fond dans son entourage
Qui trace sur les rides de sa tristesse
Sans se convertir sans mentir
Sans médire sans maudire
Des mots d'amour des histoires à dire
Pour guérir l'air que l'on respire
D'une maladie qui perdure
Un poème qui tisse les bouts de nos désirs
Efface nos séquelles recoud nos blessures.

Extrait de: 
recueil de poèmes: "Délires des ébats du dit et du non dit"

Lettre d'Informations

Abonnez-vous à notre lettre d'information mensuelle pour être tenu au courant de l'actualité de Poemes.co chaque début de mois.

Nous Suivre sur

Retour au Top