Poèmes

Le Vieil Orfèvre

par José-Maria de Heredia

Mieux qu'aucun maître inscrit au livre de maîtrise,
Qu'il ait nom
Ruyz,
Arphé,
Ximeniz,
Becerril,
J'ai serti le rubis, la perle et le béryl,
Tordu l'anse d'un vase et martelé sa frise.

Dans l'argent, sur l'émail où le paillon s'irise,
J'ai peint et j'ai sculpté, mettant l'âme en péril,
Au lieu de
Christ en croix et du
Saint sur le gril, Ô honte !
Bacchus ivre ou
Danaé surprise.

J'ai de plus d'un estoc damasquiné le fer

Et, pour le vain orgueil de ces œuvres d'Enfer,

Aventuré ma part de l'éternelle
Vie.

Aussi, voyant mon âge incliner vers le soir,
Je veux, ainsi que fit
Fray
Juan de
Ségovie,
Mourir en ciselant dans l'or un ostensoir.



Poème publié et mis à jour le: 14 novembre 2012

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