Poèmes

Vélin Doré

par José-Maria de Heredia

Vieux
Maître
Relieur, l'or que tu ciselas
Au dos du livre et dans l'épaisseur de la tranche
N'a plus, malgré les fers poussés d'une main franche,
La rutilante ardeur de ses premiers éclats.

Les chiffres enlacés que liait l'entrelacs
S'effacent chaque jour de la peau fine et blanche ;
A peine si mes yeux peuvent suivre la branche
De lierre que tu fis serpenter sur les plats.

Mais cet ivoire souple et presque diaphane,

Marguerite,
Marie, ou peut-être
Diane,

De leurs doigts amoureux l'ont jadis caressé ;

Et ce vélin pâli que dora
Clovis
Eve
Evoque, je ne sais par quel charme passé,
L'âme de leur parfum et l'ombre de leur rêve.



Poème publié et mis à jour le: 14 novembre 2012

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