Poèmes

Le Fantastique

par Ahmed Yahia Messaoud

Le fantastique !!! D’abord, je dois écrire, et comme on ne me prend pas au sérieux, ils disent que je dois écrire du fantastique !
Je commence. D’abord, j’étais jeune. Je ne risquais pas de penser à la vieillesse, et même si je le désirais je ne saurais pas examiner cette horreur. Ce déclin théâtral est le rôle de ma mamie. Triste vieille femme. Accablée par ses rituels quotidiens. Chaque soir après sa prière, elle sortait sa phrase du placard, tentait d’adoucir et bercer son angoisse par l’itération d’un adage.
Avec ma grand-mère on ne parlait pas, j’avais toujours l’impression de m’entretenir avec un chou-fleur avec elle. Tout compte fait, c’est le même désarroi avec tout le monde. Les cousines, les cousins, les voisins…
— On a, je crois, peu de chiens dans cette maison. C’est pour ça qu’on a tant de gens qui nous envahissent. Je m’en vais nous trouver une chienne enceinte. proposai-je à Mamie qui ne dit rien.
En cet endroit la face collée à la vitre, j’apercevais comme une légère déformation sur le plat morose de la piste qui montait vers la maison : la grosse marchandait avec la pente, elle payait en sueur de femme abjecte, je la regardais de ma fenêtre. L’humanité m’effrayait. Elle venait aider les filles à préparer le couscous et l’étaler sur des draps pour qu’il sèche. Un rituel nécessaire, paraît-il, pour que ce gravillon jaunâtre soit l’écusson du triomphe de la cérémonie nuptiale. Quelqu’un devrait se marier !

A la fin de cette journée ordinaire, le soir s’affola, et du fond de mon lit j’écoutais cette pluie estivale malmener le toit de la baraque à poules de ma triste grand-mère. J’attendais le matin pour célébrer ce mariage tant attendu. J’avais l’un de ces regards qui s’épaissit sur une couleur coagulante. L’étroitesse de mon esprit m’effrayait. Je dormais…
Le matin venu, lorsque la lumière d’un soleil novice s’annonçait en catastrophe dans ma chambre, je constatai l’absence de mouches. Je sentais comme une légère absence sous mon caleçon. Je m’attardais sur cette levée de mes neurones avant de glisser ma main sous ma culotte. Absence ! Je n’avais plus de bite.
Désemparé jusqu’au plus haut point… A midi, il pleuvait des chiens. Il y en avait qui s’ambitionnaient à exhiber un rare grain de soleil, pour sécher les toutous. J’imagine que je dois prendre des cours de chiens !
— Dieu est le suppôt de monsieur tout-le-monde ! s’écria ma grand-mère l’ancêtre.

Extrait de: 
Le Fantastique Editions Edilivre

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