Le Chardon, Raymond Queneau
Poèmes

Le Chardon

par Raymond Queneau

Quand bien même serais-je à l'étal de boucherie
Exposé dépecé comme un très pauvre bœuf
Quand
Lien môme mon chef aux narines fleuries
D'un œil glauque attendrait l'oignon et le cerfeuil

Quand bien môme mon ventre aux tripes déroulées
A la curiosité s'ouvrirait bien sanglant
Quand bien même mon cœur sur une assiette ornée
Rejoindrait mon cerveau mon foie et mes rognons

Nul ne saurait trouver parmi mes côtelettes

Mes viscères et mes abats
Le chardon qui fleurit semé par la conquête

Que rien ne déracinera

Le vivace chardon qui plante ses racines
Dans les sols les plus secs et les plus rebutants
Le chardon sans pitié qui frotte ses épines
Pour de rudes douleurs parallèles au temps



Poème publié et mis à jour le: 15 novembre 2012

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