Poèmes

La Messe Noire

par Léo Ferré

Ce matin ça sentait la morue à l'église
Curés dépenaillés sacrés au coup de blanc Ça fait sur l'estomac des emplâtres sanglants
Monsieur l'abbé penchait comme la tour de
Pise

J'avais un bénitier tout frais dans ma cervelle
Les vieillards y venaient tremper de vieux pinceaux
Et peindre leurs péchés par le sang de l'agneau
Sur les orgues j'allais crisser mes chanterelles

Ce matin ça sentait un relent d'orémus
Des femmes aux torchons secrets faisaient la roue
Cherchant leur puberté volage chez
Padoue
Pendant que l'officiant éjectait des lapsus

Le bouffon c'était lui là-bas ceint de dentelles
Et saint de par la sainteté des oripeaux

Pendant que le soleil violait aux vitraux
Leur pauvre volupté d'authentique aquarelle

Leurs têtes s'essayaient à celles des oracles
Un bedeau maléfique était leur supporter
Il avait une gueule à la
Stabat
Mater
De quoi faire avorter mille cours des miracles

De sordides abbés jouaient de la trompette
Pétant leurs triolets assassins dans l'aigu
Sublimant des fox-trot latins sur air connu
Pendant qu'il m'arrivait des odeurs de crevette

Et moi j'étais
Judas d'Europe ou bien d'ailleurs
Les deniers me crevaient les poches comme un songe
Les autres me crevaient la bouche avec l'éponge
Qui sur la croix ébouriffa l'autre
Amateur

Moi j'étais l'argument de ce monde à l'envers
J'étais le substratum inquiet de ces fripouilles
Des verbes gras se conjuguaient tant à mes fouilles
Qu'il en sortait de pornographiques paters

Lors je dis
Merde à
Dieu pour leur donner plaisir
Car il fallait jouir leurs colères latentes

Ils me couchèrent comme un compte en main

courante
Essayant leurs crachats et croyant me bénir

Complet dit la putain qui me tenait le front Ça dégueulait sinistre et rouge de mes bouches
J'étais criblé d'azur et l'arbitre de touche
Faisait passer sous le manteau des faux-bourdons

Festoyant l'alibi des filles en goguette
Touchaient leurs chapelets comme on fait des péchés
Et les garçons les regardaient se déhancher
Près des confessionnaux loués à l'aveuglette

Ah se désemmômer d'la
Seine
Et poétiser le béton Énucléer l'œil des persiennes
Et défigurer les bâillons

Mettre aux chevaux de la dentelle
Des pampas sacrés dans leur sac
Fourgue tes harnais haridelle
Le vent du large fait des couacs...



Poème publié et mis à jour le: 15 novembre 2012

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