Aromates Chasseurs, Rene Char
Poèmes

Aromates Chasseurs

par Rene Char

René Char

Je voudrais que mon chagrin si vieux soit comme le gravier dans la rivière: tout au fond.
Mes courants n'en auraient pas souci.

Maison mentale.
II faut en occuper toutes les pièces, les salubres comme les malsaines, et les belles aérées, avec la connaissance prismatique de leurs différences.

C'est quand on ne s'y reconnaît plus, ô toi qui m'abordas, qu'on y est.
Souviens-t'en.

La foudre libère l'orage et lui permet de satisfaire nos plaisirs et nos soifs.
Foudre sensuelle! (Hisser, de jour, le seau du puits où l'eau n'en finit pas de danser l'éclat de sa naissance.)

II y eut le vol silencieux du temps durant les millénaires, tandis que l'homme se composait.
Vint la pluie, à l'infini; puis l'homme marcha et agit.
Naquirent les déserts; le feu s'éleva pour la deuxième fois.
L'homme alors, fort d'une alchimie qui se renouvelait, gâcha ses richesses et massacra les siens.
Eau, terre, mer, air suivirent, cependant qu'un atome résistait.
Ceci se passait il y a quelques minutes.

Détesté du tyran quel qu'en soit le poids.
Et pour tout alpage, l'étincelle entre deux flammes.

Il arrive que des actions légères se déploient en événements inouïs.
Qu'est-ce que l'inepte loi des séries comparée à cette crue nocturne?



Poème publié et mis à jour le: 15 novembre 2012

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