Sur un Même Axe, Rene Char
Poèmes

Sur un Même Axe

par Rene Char

René Char

L'unique condition pour ne pas battre en interminable retraite était d'entrer dans le cercle de la bougie, de s'y tenir, en ne cédant pas à la tentation de remplacer les
ténèbres par le jour et leur éclair nourri par un terme incoastant.

*

Il ouvre les yeux.
C'est le jour, dit-on.
Georges de
La
Tour sait que la brouette des maudits est partout en chemin avec son rusé contenu.
Le véhicule s'est renversé.
Le peintre en établit l'inventaire.
Rien de ce qui infiniment appartient à la nuit et au suif brillant qui en exalte le lignage ne s'y trouve mélangé.
Le tricheur, entre l'astuce et la candeur, la main au dos, tire un as de carreau de sa ceinture; des mendiants musiciens luttent, l'enjeu ne vaut guère plus que le couteau qui va frapper;
la bonne aventure n'est pas le premier larcin d'une jeune bohémienne détournée ; le joueur de vielle, syphilitique, aveugle, le cou flaque d'écrouelles, chante un purgatoire
inaudible.
C'est le jour, l'exemplaire fontainier de nos maux.
Georges de
La
Tour ne s'y est pas trompé.

II

Ruine d'Albion

Que les perceurs de la noble écorce terrestre d'Albion mesurent bien ceci : nous nous battons pour un site où la neige n'est pas seulement la louve de l'hiver mais aussi l'aulne du
printemps.
Le soleil s'y lève sur notre sang exigeant et l'homme n'est jamais en prison chez son semblable.
A nos yeux ce site vaut mieux que notre pain, car il ne peut être, lui, remplacé.



Poème publié et mis à jour le: 15 novembre 2012

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