Poèmes

Le Nostalgique

par Michel Deguy

La vieille maison ne cesse de conter l'ancien. Toujours un monde s'effondre à nos côtés, se désamarre sans bruit pour « s'enfoncer dans la nuit des temps ». Un
autre cependant nous emporte incessamment aussi dans un vacarme de préparatifs — nous toujours à la crête d'une houle rapide portée sur la ruine stable et mouvante de
ses deux versants. L'ancien, nous ne nous retournons vers lui que quand c'est trop tard, parce que c'est trop tard. La joie ne se découvre enfin que dans le deuil de la
séparation.

Toujours il y aura le nostalgique, à vocation de saluer ce qui va disparaître. En lui s'ébranle le départ de l'ancien, qui l'ébranlé lui-même et le doue de
mémoire. S'il n'y avait plus le nostalgique, mais seuls les affairés du progrès, y aurait-il autre chose que le bruit de l'accélération qui se soutient dans son
emportement vers le nulle-part ?



Poème publié et mis à jour le: 15 novembre 2012

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