Poèmes

La Lune des Possibles

par Louis Lucien Pascal

LA LUNE DES POSSIBLES

Elle disait qu’elle n’aimait pas assez la vie
Pour se suicider
Il faudra bien que tu penses à
Je voudrais vivre encore et
Regarde-moi puisque tu
Je ne comprends rien

Regarde-la briller ta lune des possibles
Elle est la seule nuit qu’il te reste à passer
Le goût de la cannelle est sur ton mot baiser
Mes hurlements de croix sont toujours inaudibles

Au premier jour du rêve au premier jour des mondes
Par le souffle insolent d’un faiseur de printemps
Les essences-désirs formèrent cette ronde
Qu’il nous faut retrouver pour frémir et pourtant
Je ne vois dans le ciel que mirages sans bornes
La douleur de tes yeux se lit dans mes yeux mornes
Les mots sur l’horizon portent notre couchant
De la cour ce matin montent des cris d’enfants

Coupable et puis coupable au plus profond des maux
Le monde en son horreur je ne l’ai pas vécu
Mais il est dans mon sang l’indicible fardeau
Coupable je me sens presque déjà vaincu
Mais coupable de quoi pour qui pour quoi que sais-je
Je ne suis pas coupable et j’ai soif du pouvoir
De voir danser sur l’eau du fil de tes regards
La rage des plaisirs qui perceront ma neige

J’ai coupé tes cheveux pour alléger la terre
Et de toute façon ils t’auraient dérangée
Sur la plage des sens où tu tailles la pierre
Pour en extraire un suc de perle immaculée
Ta conception du tout est sur ce bateau bleu
Que j’imagine rire aux larmes des mers vives
Quelle heure est-il pardon je suis à la dérive
Qu’on ne m’en veuille pas si je parle du feu

J’ai orchestré ma fuite au rythme des guitares
Le cœur déraciné comme le sont les rêves
Quand un mistral brûlé défonce leurs amarres
Et les emmène paître aux plateaux de ma crève
Ton roman s’est couché sur la fusion des jours
Demain c’est ta main pleine aujourd’hui c’est hier
Regarde la forêt s’étendre entre nos airs
Écoute l’océan qui glace notre amour

Prends part aux jeux d’été sous les violons du bal
De ta robe en lamé qui charrie mon métal
Tu feras se courber les voleurs de jeunesse
Qui détruisant les corps décomposent l’ivresse
A la lisière d’or des jungles indomptables
Le fusil de ta bouche est l’arme de ma mort
Matins délivrez-moi de mon sommeil de sable
Matins réveillez-moi je veux aimer encore

Un jour sous l’arche rouge un sourire oublié
Une âme voyageuse un cri sans corps ni âge
La violence en torrent d’un sexe imaginé
Nous prendront tour à tour par la main du courage
Je le sais j’en suis sûr je me meurs je m’écroule
Ressers moi de ce vin qui se plie à mes songes
Je ne sens plus mes bras tant tes lèvres me soûlent
Ressers moi de ce vin qui doucement me ronge

De mon blé la fumée te déchire la voix
A ta corde nouée mon théâtre se pend
Pour dormir au soleil de ta peau de vingt ans
Il me faut traverser mille siècles d’émois
Je me tairai devant tes yeux comme on se donne
Au silence d’amour hurlant sa renaissance
Tu me diras les cieux qui peuplent ton enfance
Tu me diras ta peur de n’être plus personne

Le temple aux fruits saignés qui jouit sur tes paroles
N’existe qu’au pays où nous allons courir
Quand nos bulles unies vers l’infini s’envolent
Quand notre certitude encercle l’avenir
La nuit s’épuise en moi la tienne avance et chante
Les lambeaux du soir blanc sont mes rayons d’acier
Je t’aime sur mon corps je peux t’aimer absente
Puisque des tours du sang je suis le prisonnier

Regarde-la briller ta lune des possibles
Elle est la seule vie qu’il te reste à porter
Demain sera le temps de gloire irréversible
Nous serons à la hauteur de notre beauté

L.L.P

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