Poèmes

Fernand Léger

par Louis Aragon

Louis Aragon

Léger
Léger marchons légère
Léger marchons légèrement

Les gens rencontrés à la guerre
Léger te ressemblaient beaucoup
C'étaient des
Français de naguère
Un cache-nez autour du cou
Grands ou petits blonds bruns ou roux

Qu'y faire
Ils s'organisaient dans l'enfer
Ces grands enfants de n'importe où
Avec leurs gamelles de fer
Nés autrement que dans les choux
Affaire affaire d'atmosphère
Quatorze ou quarante c'est tout

Comme
Tiens ça ne rime plus ces vers
Les toits sont rouges les champs verts

Léger
Léger marchons légère
Léger marchons légèrement

Ce monde est un immense camouflage où la couleur et l'ombre

Cachent l'homme et le découvrent tour à tour

Comme s'il glissait entre des panneaux ou des cartes

Il ne faut pas trop se presser pour abattre son jeu

Car même pris la main dans le sac

Ou dans quelque flagrant délit de rêve

Même dans les phares inventés pour trouver la nuit devant les voitures

Même sur un de ces sacrés plateaux de gadoue et de craie

Qui sont comme le dos de la main et encore à cause des poils la comparaison

Pèche

Dans ces bleds si désespérément plats que c'est vraiment trop commode

D'y tirer l'homme ou le lièvre sans qu'il y trouve une ride ou un trou

Pour faire son plongeon

Même sur le billard avec le ventre ouvert

Il y a toujours moyen de se sentir confortable comme dans une forêt

Avec des feuillages pour toutes les sortes de pudeur
Le camouflage croyez m'en ça c'est du grand art dans la vie
Le génie après tout c'est savoir se déguiser en courant d'air
Quarante villes croient avoir mis
Homère au monde et lui pardon

Pas si aveugle que tout ça

Vous voyez ce que je veux dire
Non
Eh bien
Richard
Wagner

Va toujours le chercher entre ses
Walkyries
Heïotoho

Heïotoho tout juste un profil sous son béret de velours

Mais si tu tombes dans la peinture alors pour le courant d'air

On peut s'en payer une pinte
II y a

Le courant d'air
Durer et le courant d'air
Botticelli

Par exemple
Suivant que tu fais dans la frisette ou le cuir repoussé

Quant à l'impressionnisme en matière de camouflage il se pose la

Mais voilà nous autres le tout venant pour se faire oublier
Il faut dire ce qui est mon vieux on manque de technique

C'est tout le temps comme si nous on se baladait en bannière

Et puis je vais t'avouer quelque chose

Moi je n'ai jamais tout à fait pu me faire aux feuillées

Pas tant la gêne du public que bicose le désinfectant

Un champ le peintre il y est à son centre
Toutefois

Il ne faut pas confondre gogues et
Van
Gogh

Et tant pis si cette plaisanterie un tantinet scatologique

Échappe légèrement au fantassin de deuxième classe

Tout cela à propos de cagnas parce qu'on ne peut pas passer

toute sa vie

À fignoler des bagues en aluminium

Et pour ce genre-là de conversation mon ami
Guillaume

Apollinaire

Eh bien il en connaît un bout

Il a même inventé quelque chose qui ressemble à du

camouflage parlé

Il appelle cela des calligrammes et c'est vrai que c'est joli à voir

Pourquoi c'est vrai
Parfois
Fernand
Tu dis des mots dont on ne voit pas pourquoi
Comme cette idée à toi de m'appeler
Professeur moi qui n'ai pas mon

Certificat d'Études

Tu parles si tu peignais pareil tu parles

C'est alors que ce serait du joli

J'ai dit
C'est vrai parce que c'est vrai que c'est joli

Et puis calligrammes c'est comme quand tu as de belles fesses
Professeur

On dit voyez-vous le
Professeur il est salement callipyge

Tu piges
Non
II faut avouer qu'il n'y a pas beaucoup de quoi rêver chez toi côté fesse

Et puis tu ne m'amuses pas
Professeur va-t-en voir s'il pleut

Que je me camoufle dans la solitude

À l'état d'esquisse une silhouette sous ues halos bruns et jaunes

Du léopard du véritable léopard

Comment tu ne sais pas ce que c'est que le léopard
On n'en voit pas dans ton village
Professeur

Et les roses malabars à moustaches qui font des haltères le; jours de marché

C'est une culotte de quoi qu'ils ont si tu n'as jamais vu de léopard

À vrai dire la peinture c'est toujours un peu du léopard
Nous seulement on fait des poids avec autre chose
Et si tu n'as jamais vu de léopard tu as vu de la peinture
Alors tu en as un petit aperçu du léopard

On se langue à dire ce qu'on a dans la tête

Eugène passe-moi le mirliton

Léger
Léger il pleut bergère
Le monde est en dérangement
Qu'importe si je mens ou j'erre
La guerre n'est pas passagère
Et l'homme y fait son logement
Marchons marchons marchons légère
Sans bousculer les étagères
Sans casser la crosse aux fougères
Car c'est toujours le régiment
Léger
Léger marchons légère
Léger marchons légèrement

Pardonnez pardonnez-moi ce langage

Tout est à réinventer les mots comme les gens

Mais je vous dis que
Fernand
Léger ressemblait à s'y méprendre

À vous et moi peut-être dans le format au-dessus voilà tout

Et quand nous étions couleur d'horizon
J'ai connu des types qui disaient encore
J'avons
Comme s'ils sortaient tout droit de
Molière
Ce ne serait plus possible maintenant

Que tout le monde parle comme la radio même dans les betteraves

Avec
Jean-Sébastien
Bach à l'accompagnement

Des gens qui ne croyaient à rien prêts pourtant à tout croire
Tous à la même enseigne et je voudrais vous les montrer

Parce que la poésie à l'inverse de la peinture est faite

Pour montrer l'homme et non point le camoufler

Aussi croyez-moi c'est une chose très dangereuse en temps de guerre

Je voudrais vous montrer
Fernand
Léger

Ce grand gaillard avec des taches de rousseur et la moustache en brosse

La bouche amère quand il ne rit pas mais il rit souvent

Il se gratte la tête devant le monde et tout le jette dans la perplexité

Il y avait des jours qui n'en finissaient plus

Et depuis longtemps on n'avait plus rien à apprendre les uns des autres

Ni comment se planquer ni sur les molletières

C'est cela les tranchées

Pourtant il renaît peu à peu des différences

Le caractère et les façons de chacun

Il y a ceux qui chantent la romance et ceux qui ne la chantent pas

Il y a les farceurs et de temps en temps il y a les morts

Un homme on commence à le voir au milieu des autres

Quand il est tout seul ce n'est pas un homme c'est un portrait

Je voudrais vous faire voir
Léger au milieu des autres

Pour les différences car sans cela

La tête sur les épaules deux bras deux jambes

Cela peut faire un bonhomme pour un écolier mais à mon goût

C'est trop astrait ça n'a ni la voix

Ni l'odeur de l'homme

Je ne fais pas le portrait de
Fernand
Léger
J'en parle

Je le prends par la guerre comme par la main ou par le pied

Parce que dans la suite des temps quand on a bêtement cru que

c'était fini

Lui sa vie elle était toujours un peu comme s'il y avait

encore la guerre

Et tous les gens autour de lui qu'il prenait pour des copains

Sauf qu'il s'arrangeait beaucoup moins bien qu'eux dans l'existence

Et que le camouflage se faisait maintenant sur des toiles de trente

Il y avait des gens pour en vivre fort bien pas lui
Peut-être étaient-ce ceux-là mieux que lui qui poussaient la romance

Et lui quand il s'arrêtait de peindre

Il ne crachait pas non plus sur un air d'accordéon

Dans un petit bal quelque part pas loin des fortifications

C'était hier mais on n'allait pas encore dans la lune
Sur les bouteilles les bouchons étaient encore en bouchon
Et
Paris avait des fort ifs avec de l'herbe et des boîtes de conserve

On ne se faisait aucune idée de la
Télévision

Le monde en général ressemblait au
Douanier
Rousseau

Je ne raconte pas la vie de
Fernand
Léger
J'en parle
A ma manière et je ne ressens pas le besoin par le menu d'écrire
Son atelier rue
Notre-Dame-desChamps
En général moi non plus je n'aime pas les cancans
Et dans le civil moi non plus je ne me suis jamais fait aux fcuillées

On ne tirera pas un film de mon poème
On ne fera pas

De
Fernand
Léger d'après moi le héros d'un
Montparnasse aux lumières

Il ne dansera pas la java
Rue de
Lappe il ne rencontrera pas au
Dôme

Ou à la
Rotonde
Modigliani

Je ne soufflerai pas mot de sa cravate

Et s'il portail une flanelle il y aura bien quelqu'un pour le dire à ma place

Ou le tabac qui lui plaisait

Je parle d'un homme qui peignait tout le long du jour
Et qui rêvait du divorce de la couleur et du dessin
Je parle d'un homme qui le premier au monde a peint des fumées

Je parle d'un homme de chair et de sang dans une grande pièce

vitrée

Qui va et vient lit un peu s'assied sur une chaise

Et puis reprend ses pinceaux et de grandes couleurs propres

préparées

Et regarde sa toile par lui promise uniquement à figurer
La beauté de ce temps qui est à la fois le sien et le nôtre
Un grand corps très maladroit dans cette vie
Qui donnait tout ce qu'il avait à n'importe qui
Sans se rendre bien compte des saisons qui passent
Un homme émerveillé par la nouveauté de tous les jours
Un manège à la foire
Une machine à sous
Un trousseau de clefs
Et qui peint un monde sans ombre un monde vertigineux

d'acrobates

De nageuses et d'ouvriers

Ce n'est pas moi qui décrirais cet homme-là par l'anecdote

11 est plus facile de parler d'un poète

Que de décrire l'homme qui peint sans doute

A cause de cette crainte qu'on a du jargon de la peinture

De cette poésie à la noix dans tous les catalogues d'exposition

Et
Léger n'a guère été non plus épargné dans ce sens-là

Je prendrai ma ceinture et j'en ferai un fouet

Pour chasser les grands mots savants la philosophie

Le cosmos et le bazar d'images devant moi comme des

mouches

Tous les passeports verbaux de ce qui ne relève que de l'oeil

Pour parler de
Léger je ne prendrai dans mes doigts que

Les matériaux de tous les jours

Les mots qui sont chez eux dans la bouche

Les objets qu'on peut toucher sur la table ou chez l'épicier du

coin

Il y a plus de prodige dans un moulin à café que dans tous les

séraphins du ciel

Et pour lire l'avenir au lieu d'une boule de cristal ou des tarots
Donnez-moi de vulgaires mains mutilées par le travail

Il est plus facile de parler en vers des grands voyageurs maudits
Ou des chefs d'armée

Il est plus facile de parler en vers d'une tasse de porcelaine
Ou des
Iles
Borromées

II est plus facile de parler en vers de la nuit des choses inaccoutumées

Il est plus facile de parler en vers de la chasse à la baleine
Plus facile de parler du crime et des abîmes de l'âme
Que d'un peintre dans ce parfum d'huile et de térébenthine
Qui met ses figures à l'abri des lettres surhumaines de la réclame

Et d'abord il prend à la disproportion des choses réelles
Les traits du présent pour l'avenir mais bientôt
C'est le paysage qui va l'imiter dans sa démarche et sa pensée
Le décor du monde aura l'air de suivre une mode par lui lancée

Naturellement on a déjà vu les appareils photographiques

Se mettre à faire avec un peu de retard du
Renoir ou du
Seurat

Tandis que les peintres de l'école moderne déclaraient

Qu'on ne peut pour la ressemblance

Concurrencer la photographie

Mais avec
Léger ce n'est pas de cela maintenant qu'il s'agit -

C'est la vie elle-même qui s'est mise à le copier à le plagier

Si bien qu'on pourrait devant les tribunaux la poursuivre

Assigner la
Seine-et-Oise pour faux et usage de faux

Tout entière et ce ne serait pas assez

Et voilà qu'il a beau être mort
Léger continue

Il a gagné les nouveaux immeubles qui se bâtissent

Comme une épidémie en couleur

Sa signature est sur le visage des banlieues detLusines

Il n'y a pas un aéroport qui ne soit tributaire de sa source

Et je ne suis pas sûr n'y ayant pas été qu'il n'y ait pas

Son gros trait noir au
Cap
Canaveral

C'est toujours ce jeune homme venu de
Normandie
Un beau jour avec tout le troupeau conduit à la tuerie
Comme son père menait les bœufs des environs de
Lisieux à
Paris

Aux
Abattoirs

On n'expliquera jamais de façon satisfaisante l'histoire

De comment il a pu passer d'un métier à l'autre bâti comme

il était

Toujours est-il au début du siècle qu'il avait fait le portrait de

son oncle

Et toute sorte de petits jardins très ressemblants dans le genre

de
Claude
Monet

Mais comment les choses changèrent
Les choses changèrent comment
Marchons
Léger marchons légère
Ce fut assez étrangement
Marchons
Léger légèrement

La
Seine-et-Oise j'y reviens

Elle s'est mise à ressembler furieusement à la peinture de
Léger
Un certain rapport des toits de tuiles des oiseaux des fils télégraphiques

Une enseigne sur un bout de jardin sans parler des postes à

essence

La disproportion des postes à essence et des pavillons qu'on

habite à côté

Cette espèce de comédie quotidienne de la couleur pour vous

arrêter sur les routes

Une gesticulation humaine dans la petite nature où passent les

autos

Les gens sont de la grisaille avec de la couleur en dehors
On sent
Paris pas loin qui commence à tout bouffer de son

mâchefer

Mais entre les édifices déjà fleurant la banlieue

Il pousse toujours un peu de printemps provisoire

Du printemps qui ne se reproduira bientôt plus ici pour peu

qu'on lotisse

Un printemps précaire qui porte gaiement son propre deuil de lilas

Ou de glycines

C'est ce moment entre la ville et la campagne ce moment
D'herbe et de tuile creuse qui caractérise si bien
Cette charnière du siècle ce passage
Entre
Corot et comment s'appellera-t-il le peintre de l'urbanisation totale

C'est ce moment qui est
Léger

Ce moment rêveur comme une bouteille de lait devant la porte
Un vélo par la roue accroché dans un arbre

Le métro qui s'amène jusqu'à
Orsay avec des airs de chemin de fer

Les petits viaducs et les nuages sur mesure au paysage
Tout cela neuf et déjà sur le point de disparaître
Du carreau de plâtre et du contre-plaqué

Un jour on la regardera cette
Seine-et-Oise avec un certain attendrissement

Ce sera des
Léger comme des
Watteau les
Fêtes
Galantes
Dans ces parcs depuis longtemps morcelés ce monde incompréhensible

À notre époque de radars et de scooters

Les grands peintres sont ceux qui ont fixé les choses périssables

Les canotiers sur la
Marne ou
Madame
Samary

Un petit coup de soleil avec un petit coup de blanc

Un jour on la regardera cette
Seine-et-Oise

Et on se dira quelle drôle de chose c'était
Comme une écharpe toute rapiécée de travers autour de
Paris
On ne peut plus comprendre ce que cela pouvait être comme patriotisme

La
Seine-et-Oise

Argenteuil en même temps et les
Vaux-de-Cernay

La culture maraîchère et la chasse à courre

Et
Léger au bord de la route au
Gros-Till»ul le bras sur les épaules de
Nadia

La
Seine-et-Oise

Un entracte au temps des guerres et des révolutions

Et un enfant bossu qui habite en face

Et qui de temps en temps vient regarder ce grand type en train de peindre

Des choses incompréhensibles mais gaies

Or on en a bien besoin quand on est un petit bossu de
Gif-sur-Yvette

Et de ces grandes fleurs en céramique sur le pas de la porte

Qui font un pas en avant comme une personne humaine

Et ne se flétrissent pas l'hiver

Petit bossu tu ris petit bossu tu nous ressembles

Tu ne te poses pas de question sur la
Seine-et-Oise
Tu y vis

Et alors qu'est-ce qu'il passe comme voitures le dimanche

Il y en a qui se cassent dans les tournants
II faut aller voir ça

Bien que cela fasse un peu constructiviste comme nature morte

Mais il y a toujours des éléments à prendre dans les accidents

Des idées de superposition qu'on n'inventerait pas tout seul

Ah ce chemin qu'on a fait depuis les
Primitifs

Le premier qui a peint un dé-à-coudre

11 n'imaginait pas les pylônes à haute tension

Avec les balises vertes rouges ou bleues pour les aviateurs

imprudents

Et même tenez
Michel-Ange eh bien je parie

Qu'il n'aurait pas imaginé la
Seine-et-Oise

Ça non

Et moi je te vous en foutrai des
JUGEMENT
DERNIER

Pour une petite ballade en teuf-teuf avec des pull-overs à raies

et des bras nus

Sans oublier que la route c'est bien le diable

Si elle n'est pas toujours longée de fossés jaunes avec des travailleurs algériens

Qui mettent la canalisation

Tandis que le jardinier repique ses pensées

Et des demoiselles à lunettes passent avec un slip et un soutien-gorge

Un pain dans leur sac à ouvrage

Tiens un avion tout le monde lève le nez en l'air

Et lui fait de grands froufrous blancs dans le ciel

Avec tout ça vous n'allez pas prendre des airs lugubres

Ce n'était pas le genre du défunt
D'ailleurs

Le voilà sur la
Centrale gazière d'Alfortville

Une drôle de flamme je vous dis qui lui sort du réchaud sur le grand mur blanc

Et toutes les couleurs qui sont si loin de la mort et qui s'organisent

Ce n'est encore qu'un petit essai de résurrection

Une façon de voir comment ça serait pris

Si le troisième jour il sortait de son tombeau s'asseyait sur la pierre

Et disait aux gardes endormis
Alors quoi les gars on roupille

Tout cela sans l'ombre d'un ange dans le décor

Peut-être bien une
Marie-Madeleine qui passait par là

Mais par hasard et la tête à tout autre chose

Ce qu'il te faut
Fernand ce n'est pas
Alfortville

Ni la
Seine-et-Oise à cette heure

Tu n'as plus de temps à perdre avec la pluie

Il te faut un éternel soleil

Une peinture du ciel comme un coup de poing en pleine figure

Tu poses ton blanc sur le bleu sur un bleu

Imprenable

Tu vas te tailler un habit qui aille à ta carrure d'immortalité

Parce que les épaules ça tu en as à ton art

Je te demande un peu ce que tu pourrais faire d'un tombeau avec ces épaules-là

Abandonne la
Seine-et-Oise et ce petit cimetière de rien du tout

Viens chez nous là-bas devant la mer et le ciel

Dans ce sacré pays d'oeillets et de serres

On ne fait plus d'assez grandes églises pour le
Bon
Dieu de nos jours

Fais-leur honte avec ton bâtiment et la gloire de ta peinture

On y jouera pour toujours au ballon il y aura

Des cyclistes pour toujours et le soleil qui tape là-dedans que ça brille

Juste assez pour qu'on s'y reconnaisse et des formes tout autour

Qui ne sont rien de bien précis mais seulement ta volonté
Exigeante un signe impérieux de ta présence
La preuve par neuf à jamais que tu as vécu
Que tu vis
Fernand là-bas au-dessus de la
Côte

Et de tout ce tohu-bohu qui dévale dans la première quinzaine

d'août

Et tout ce qu'ils peuvent bien inventer tous nus dans la grande

lumière

Des filles des garçons brûlés des vieux messieurs en shantung

Et ça chante et ça se saoule et ça fait un chahut du diable

Mais quand le matin se lève au-dessus de ce monde vanné

Alors il y a ce grand fronton colorié sur l'azur

Comme un paraphe délibéré traversant l'espace

Une espèce de pureté comme on croyait qu'il n'y en aurait plus

Après cette affaire d'Adam et
Eve

Un papillotement des yeux dans la chaleur

Un grand rire au-dessus du tout

Une façon de crier à tous
Vous voyez je suis vivant

Je brûle je brille j'éclate je m'étale je vous parle

Je parais

Optimiste va c'était donc ça ton camouflage

Il a fallu deux guerres pour en arriver là

Et tu ressembles
Léger ô
Normand à la face de couleur

Dans la lumière de
Provence

Assis là comme une exagération de ta carrure

Au milieu des arbres qu'on a pour toi plantés ici déjà géants

Parce que des petits auraient eu honte

Te voilà comme
Ramsès à l'entrée du désert

Comme
Chartres sur ses champs de blé

Comme un soldat qui en a fini pour de bon cette fois de la

guerre

Et qui s'assied devant tout le monde enlève ses godasses

Et contemple ses pieds nus avec une délectation non dissimulée

Tu es là comme une grande paix blanche et joyeuse

Pour toujours

Ô
Léger qui mesures tout à ta démesure

Comme toujours au milieu des hommes à la fois

Pareil et dissemblable à eux

Tu as beaucoup appris beaucoup compris depuis quatorze

Mais tu n'en fais pas beaucoup de foin

Tu te contentes d'être dans le soleil et de briller



Poème publié et mis à jour le: 15 novembre 2012

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