Équinoxe, Jacques Réda
Poèmes

Équinoxe

par Jacques Réda

Je cherchais comment l'eau, les rochers, les oiseaux, les

arbres
Font pour tenir ensemble, et les nuages qui figurent
Le monde vagabond, rythmique, engendré, s'engendrant
Comme le même songe instable au fond d'yeux jamais

clos.
Je savais qu'à beaucoup se refuse la gloire d'une herbe
Au sommet d'un talus, pesant le dos large du ciel
Qui nous supporte, et que le vent chasse dans la lumière
Les signes des cristaux de neige pour la boue.

— Ô tête
Ici de tout soutien privée, où est le mur? (Un mur À défaut d'une mère, et dormir dans les ruines de son

flanc.)

Et je voyais le vide entrer dans l'apparence avec
Les bourgeons qui toujours pour la première fois reviennent.
Poussés par la force d'oubli qui de sa couche arrache
Et féconde ce vaste corps tumultueux d'étoiles
Puis l'abandonne à notre porte ouverte, comme un dieu

Encore enfant mais bien trop haut pour nous, hôtes déjà
Qui hébergeons et nourrissons le dieu de notre mort.

Du seuil, je relevais d'oiseaux et d'arbres quelques traces
Au fond de la combe où le soir tout à coup se rappelle —
Et c'était l'heure où, des enfants, brillent à contre-jour
Les bicyclettes, quand

Le plus petit au carrefour tombe dans un remous
De lueurs qui vont l'engloutir en larmes dans la mémoire ;
Et touchant de la nuit la bouche dépravée j'ai dit :
Quel long désastre en bouquets éclatant qui saluent
L'éveil jamais surgi dont nous sommes le souvenir
Les messagers perdus dans les distances inhabitables.



Poème publié et mis à jour le: 14 novembre 2012

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