Changement a Vue, Louis Aragon
Poèmes

Changement a Vue

par Louis Aragon

Louis Aragon

Dans la bouche du temps qu'une pénombre emplit soudain passent les silhouettes des machinistes démontant emportant l'Italie et la pluie

des pans d'Italie obliques des paysages siennois collines bois de pins champs d'une herbe distante ou la
Brenta les marais une villa de
Palladio

des pans d'Italie et de pluie on dirait du verre filé des îles de misère une robe de madone à la lueur des cierges dans une grotte noire

et tout qui se désarticule et les palais taillés en diamant les loggias où rêve un manteau rouge une taverne avec les regards usés dans les visages jaunes comme une
rapière oublieuse de tuer

des pans de pluie on dirait qu'on a dépendu tous les lustres

et la lessive à n'en plus finir au ciel des rues étroites

des pans de siècle et des armures à panaches et le pas des chevaux

la beauté des gants de couleur sur des mains sanglantes

les machines à prendre d'assaut les forteresses et les navires

le grand hiéroglyphe noir et blanc des batailles

l'architecture admirable des prisons

tout cela passe à dos d'hommes entre des bras bleus

dans le nuage qu'un piétinement hâtif soulève

et il y a des lévriers des catins et des pages effrontés juste

le temps de compter jusqu'à trente-trois comme si le

théâtre avait la bronchite et cela empeste la poussière et

l'alcool la salive dans les mains crachée des cordes tombant des cintres de grosses cordes lourdes

font un instant des festons croulants qui va-t-on pendre ou

prendre à leur licol et puis il y a des étoiles plein d'étoiles piquant la toile

de fond tandis qu'un homme à s'y méprendre au
Prologue pareil n'était qu'il est plus vieux plus maigre plus subtil

s'avance dans un halo d'opale habillé de turbans et de cimeterres selon la tradition du
Matamore pour les sourcils et la

moustache et du bout d'une canne en jonc qui a avalé une girafe montre au public sur un écran soudain qui s'éclaire avec un cadre d'or gaufré agrémenté de toute
sorte de

figures à demi nues où le chèvre-pied la sirène et le centaure

alternent mais ce n'est pas du tout de cela qu'il s'agit
Montre

disais-je les images peintes du futur se succédant sans transition dans le petit corridor d'or de sa lanterne



Poème publié et mis à jour le: 15 novembre 2012

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