Poèmes

Ceux qui Sont Venus a Moi

par Henri Michaux

Henri Michaux

Ceux qui sont venus à moi, je ne dis pas qu'ils sont à moi, mais pourtant... et qu'il les réclame donc celui qui les croit à lui.

Ils sont venus vers moi, confiants dans ma passivité, abandonnant des membres qui ne leur étaient pas nécessaires.
Bras coupés, torse nu, ou dodelinant en arrière une tête de rameaux morts; ou capelant trois ou quatre cimiers de plume sur un front altier, ou le front évanescent, flottant
comme une écharpe; donateurs aux membres toujours ouverts, naïfs, la tête en fleur, les regards en calice, sans toutefois vouloir se faire remarquer, telles dans les champs les
fleurs aux mille compagnes.

Ils sont venus et plus souvent que tout autre, il est venu, l'unique, le
Roi au cerveau-œil, à la plume bifide,
Roi pour connaître le clayonnage des humaines affaires.
Roi pacifique au ventre de fontaine.
Roi aux palmes.

Cherchant un compagnon, je trouvai un roi.
Fixes et fixés, lui et moi, son regard phare dans le globe de ma vie.

Et toi qui viens là, qui es-tu, ton œil comme une tête passée par la fenêtre?
Tu épies, retenant tes sentiments et ton souffle et ta main qui parleraient trop et ton œil est comme quand un bœuf passe ses cornes entre les fils barbelés gardiens du
pâturage voisin.
Quel tropisme soudain te tourne vers ton prochain?
Pour le chercher?
Ou l'ayant trouvé?
Ou par l'erreur inévitable?

Maigres, impropres à la vie, creusés par la recherche, hommes de nulle part, c'est vous qui êtes mes hommes.

Princelets aigus et fiers dardant leur indépendance...
Princes de
Haut mal...
Prince, car c'est toujours le
Prince...
Le prince — juge à l'œil unique (le prince à la lance n'est pas venu, mais on l'attend).
Le
Prince-juge à l'œil unique, et l'éclair éclate dans sa main et l'éclair le chapeaute.

Parfois une fontaine de sang jaillit de son front.
Ou est-ce la violence de son enfer?

Prince foudroyant, en visite due, et malgré railleries à' travers les éclairs est venu dans l'air froid d'une petite chambre, qui n'est même pas à moi.
Ses doigts, vive lumière, avancent, comme pousse la dynamite quand subitement elle éclate dans les fissures d'une roche qu'elle fouille frénétiquement.
Prince essentiel réduit à sa flèche.
Prince auguste et criblé d'un vibrant tremblement.
Prince du mariage de la flamme et de l'homme.



Poème publié et mis à jour le: 14 novembre 2012

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