Poèmes

Voix

par Henri Michaux

Henri Michaux

J'entendis une voix en ces jours de malheur et j'entendis : «
Je les réduirai ces hommes, « je les réduirai et déjà ils sont réduits quoi-« qu'ils n'en sachent encore rien.
Je les rédui-« rai à si peu de chose qu'il n'y aura pas « moyen de distinguer qui est homme de qui « est femme, et déjà ils ne sont plus ce qu'ils «
étaient autrefois, mais comme leurs organes « savent encore s'interpénétrer, ils se croient « toujours différents, l'un ceci, l'autre cela. «
Mais si fort je les ferai souffrir qu'il n'y aura « plus organe qui compte.
Je ne leur laisserai « que le squelette, un simple trait de leur sque-« lette pour y attacher leur malheur.
Assez « couru!
Qu'ont-ils encore besoin de jambes? «
Petits, leurs déplacements, petits!
Et ce sera « tant mieux.
Comme une statue dans un « parc, quoi qu'il arrive, n'a plus qu'un geste, « ainsi les pétrifierai-je; mais plus petits, plus « petits. »

Cette voix, je l'entendis et j'avais le frisson, mais pas tellement, car je l'admirais, pour sa sombre détermination et son projet vaste quoique apparemment insensé.
Cette voix n'était qu'une voix dans cent autres, remplissant le haut et le bas de l'atmosphère et l'Est et l'Ouest, et toutes étaient agressives, mauvaises, haineuses, et
promettaient à l'homme un funèbre avenir.

Mais l'homme, affolé ici, là du plus grand sang-froid, avait des réflexes et des calculs au cas qu'il se présentât un coup dur, et il était prêt quoiqu'il
eût paru en général plutôt vain et traqué.

Celui qu'un caillou fait trébucher marchait déjà depuis deux cent mille ans quand j'entendis les voix de haine et de menaces, qui prétendaient lui faire peur.



Poème publié et mis à jour le: 14 novembre 2012

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