Bétonné, Henri Michaux
Poèmes

Bétonné

par Henri Michaux

Henri Michaux

Il suffit parfois d'un rien.
Mon sang tourne en poison et je deviens dur comme du béton.

Mes amis hochent la tête.
Ce n'est pas la paralysie surtout qu'il faut craindre, c'est l'asphyxie qui en résulte; ils se décident alors.
Ils vont chercher leurs marteaux, mais une fois revenus, ils hésitent encore et tournent le manche entre leurs doigts.
L'un dit : «
Je vais chercher un mandrin, ce sera préférable », et ainsi ils essaient de gagner du temps.
Cependant je commence à m'amollir.
On voit (car ils m'ont déshabillé pour éprouver le sentiment d'avoir fait quelque chose), on voit comme des galets venus sous la peau.
Ils s'amoindrissent et bientôt se dissolvent.
Alors vivement mes amis de cacher leurs marteaux dans tous les coins.
Je vois leur embarras; mais moi-même dans un trop grand pour parler.
En effet, je ne peux supporter qu'on me voie nu.
Il y a alors quelques minutes d'un silence opaque que je ne saurais raconter.



Poème publié et mis à jour le: 14 novembre 2012

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