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par Jules Laforgue

On m'a dit la vie au
Far-West et les
Prairies,

Et mon sang a gémi : «
Que voilà ma patrie !... »

Déclassé du vieux monde, être sans foi ni loi.

Desperado ! là-bas, là-bas, je serais roi !...

Oh ! là-bas, m'y scalper de mon cerveau d'Europe !

Piaffer, redevenir une vierge antilope,

Sans littérature, un gars de proie, citoyen

Du hasard et sifflant l'argot californien !

Un colon vague et pur, éleveur, architecte,

Chasseur, pêcheur, joueur, au-dessus des
Pandectes !

Entrre la mer, et les
Etats
Mormons !
Des venaisons

Et du whisky ! vêtu de cuir, et le gazon

Des
Prairies pour lit, et des ciels des premiers âges

Riches comme des corbeilles de mariage !...

Et puis quoi ?
De bivouac en bivouac, et la
Loi

De
Lynch ; et aujourd'hui des diamants bruts aux doigts,

Et ce soir nuit de jeu, et demain la refuite

Par la
Prairie et vers la folie des pépites !...

Et, devenu vieux, la ferme au soleil levant.

Une vache laitière et des petits-enfants...

Et, comme je dessine au besoin, à l'entrée

Je mettrais : «
Tatoueur des bras de la contrée ! »

Et voilà.
Et puis, si mon grand cœur de
Paris

Me revenait, chantant : «
Oh ! pas encor guéri !

«
Et ta postérité, pas pour longtemps coureuse !... »

Et si ton vol.
Condor des
Montagnes-Rocheuses,

Me montrait l'Infini ennemi du confort.

Eh ! bien, j'inventerais un culte d'Age d'or.

Un code social, empirique et mystique,

Pour des
Peuples
Pasteurs modernes et védiques !...

Oh ! qu'ils sont beaux les feux de paille ! qu'ils sont fous,
Les albums ! et non incassables, mes joujoux !...


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