Premier Songe, César Moro
Poèmes

Premier Songe

par César Moro

Les cils écumants des trésors lissent les palmes alliées du triomphe paré en poule de rocaille. Abasourdir n'est pas résoudre ni le souffle n'est la charpente
préférée du juron glacial ou torride. Les lamentations eurent heu à tour de rôle pendant que le promeneur arpentait la dune solitaire au front affreux de la lune.
Calciné fut le mot de passe pour les carnassiers en goguette. Si tu valses je hrai ma lettre en briques quand l'arbre à pain aura fleuri de tous ses pores le mot caroubier. Les
relations mondaines de cet homme affublé de médailles étaient des pierres peintes aux devises lugubres. Le jour ! à ce seul mot le rire claqua de plus belle comme si la nuit
avait mis bas six paniers de roses. Nous ne rirons plus assurèrent les belles de nuit appelées airelles. Les asphodèles étaient au grand complet veste en main. Les gants
blancs sont comme les chats noirs invisibles à midi. Aucune couturière n'osait plus prendre ses fils à deux mains, il fallait d'abord endormir le propriétaire de la
métairie le gros harponneur à cartouches d'acétylène. L'inondation eut heu au milieu de l'innocence générale, tout le monde comptait sur elle comme sur un
événement choisi pour clore les pourparlers à peine commencés des incendiaires maîtres du heu. Il n'y eut qu'un cri : la soie ne vaut pas la chandelle. Mais j'abritais
toujours cette hirondelle de l'hiver dernier emmitouflée dans de la toile d'araignée parlante. C'était un pur supplice, chaque mot venant s'écraser au palais pris d'assaut
par les midinettes les plus en vue : celles qui réussiront à se tailler une robe dans la pluie. Rien ne pouvait m'égarer davantage que la voix sévère du couteau
chancelant du jour. Tout n'était que prairies assaillies et rire démoniaque. Le bruit continuait de plus belle. Ce fut à ce moment qu'on jugea urgent de couper les oreilles aux
habitants pacifiques de la bourgade et de les remplacer par de petits sacs de foin adaptables aux trous frais émoulus. Il ne pouvait plus être question de bruit. La nuit enfin muette
dévorait à pleines dents la ripaille préférée des anges : les oreilles d'étourneau des sans-filistes bannis de la terre paradis des muets.

Oiseau-chat

Poisson-tigre

Mouche d'or-tige

Panthère à cygnes

Cou de colonne des solstices

Blé mûr à émeraudes

Airain à tête de louche en bouche à fleurs

A fleuves qui dansent

Tour à cascade en écaille

Éveil à midi de grappe

Orange d'ébène aux anges

A sac la rivière à viol

Echines

Chimères

On n'eut d'yeux qu'à vous taire

À subir la beauté rigoureuse

Nomme-toi

Liane lourde

Ou toi faveur de l'Asie

Nommez-vous à bout

Légèreté des hymnes

Tant que l'été fait la loi

Et les 36 bonheurs prévus

Voler tes jambes au temps les vilaines velours des joues Rosacée de pluie Plumet de ciel nue beauté Mais plus le silence plutôt

Tes branches ô roseau de famine fabuleux Victime d'or invicte

Victoire vitrée

11 janvier 1952



Poème publié et mis à jour le: 13 novembre 2012

Lettre d'Informations

Abonnez-vous à notre lettre d'information mensuelle pour être tenu au courant de l'actualité de Poemes.co chaque début de mois.

Nous Suivre sur

Retour au Top