Poèmes

Moto Noire de L'âme

par Jacques Izoard

Que le jardin soit léger sous tes lèvres !
Le corps cocagne attend les ramasseurs de baies, les voleurs de pivoines et de rhubarbes.
La moto bondit près du cœur et le petit souffle du chamelier balaie mon cher éther, mon éther étoile d'algues. 0 frissons de cuir tendu !
Celui qui va partir dénonce déjà ton infamie et tu vas décrire peu à peu la luette, la langue pâle ou s'assoupissait le petit élève de papier, le front
martelé de chevaux.
Les tempes fines sont des cerceaux d'osier.
L'armoire contient les pieds et les mains, les têtes des ancêtres.
Maison-galetas, maison-coquille où vivent tous les parents.
Le chausse-pied lèche le pommeau de buis; le puits s'allonge vers le centre de la terre à l'infini; l'escalier dissimule son frère aux yeux de tous.
La fine lame du corps gît dans l'herbe dont je chante la douceur présente et révolue, la douceur à volutes et qui viendrait me caresser, me porter languide au fond des
tonnelles de feuillage et qui m'appelle sel ou givre et léger effroi.
Le compagnon sourd cache un lys incisif qui fendra ma langue en deux parties.
Le compagnon qui parle la langue des poings fermés, des dents serrées.
La voix d'outre la voix.
Les mots sans échos occupent l'espace entre la peau et les vêtements, horde rebelle de quelques séminoles, dont un seul entre ici, dont un seul déchire mon papier et coud
mon poing sous l'eau.
Dès lors, tout bascule et ma voix découvre enfin l'outil neuf et peut lancer sa psalmodie.

«Je ne veux désormais que poser les questions : pourquoi la rose légère dort-elle sous la paupière?
Pourquoi le sel aime-t-il l'ongle menu?
Pourquoi le sang tout neuf habille-t-il ma colère?
Pourquoi les doigts n'effleurent-ils que l'absence?
Pourquoi le dé à coudre contient-il l'océan?»
L'ami de l'engin combat l'esclave enivré.
La moto dort sur l'herbe et le cœur du moteur bat sourdement; la main soupèse la montre d'or; l'écolier n'observe qu'un instant le cheval cousu du rêve. 11 s'agit de poser
chaque objet là où il peut exister, là où il ne croîtra plus.
L'encrier n'est que le petit tombeau de nos contes d'enfant, de nos soupirs nocturnes, petit bocal de brume et de rouille, refuge du grain et de la rosée.
Le seul visiteur en est le pouce qui dit à qui le veut qu'il est le doux d'entre les doux, le chemin de ronde de tous les chemins de ronde, ou cytise ou cycliste, ou moto, mort des
mots.



Poème publié et mis à jour le: 14 novembre 2012

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