Poèmes

Maisons dans le Corps

par Jacques Izoard

Celui-ci vit dans l'épaule et celui-là dans le talon.
J'entre au logis des voyelles : une femme y lave à grande eau corridors et verrières.
Un arbalétrier goguenard éventre édredons et volailles.

Corps.
Castille.
Mine minée sous la maison, sous la saison, sous l'espiègle aventure des dards, des épines.
Maison tissée dans le doigt, légère alcôve où les plies ne meurent que de leur ombre.
Minuscule écho du rêve.
Merci bleu des tourments.
Maison dans la maison.
Corps.
Castille.

Femme éphémère

ou rivière, rivière.

Ce qu'un mont de neige

dissimule, je le sais.

Je glisse tes seins

dans mes mains nouvelles,

touchant l'étui obscur

en un frottis de mirabelles.

Corps : petit sommeil, vigie du jour neuf, épouvantail d'écume, colporteur de sabots, de dés à coudre, ou voleur d'osselets.
Je vécus tour à tour dans l'épaule ou la jambe.
Le souffle abandonna ma parole, mon vertige.

Qu'éclate un carnage

de serres aiguës, de sarcasmes !

Le petit seigneur des rêves

allume un feu de joie.

Je vêts mes doigts de laine

et j'arrache les yeux

des dormeurs inutiles !

Et que la lave emporte

mes tombereaux de suie !

Dix femmes dorment

dans la maison des plumes.

Et j'arrache l'aile

de la plus transparente.

J'emporte avec moi

les bras creux des plus belles.

Je glisse ma langue

dans la bouche d'Hélène.

L'étau broie le bleu

des escrocs insultés.

Luette avec de menus mots.
J'éparpille les dés, les cerises.
Nul ne dort dans le clos des jasmins et des cygnes.
Deux œufs posés sur l'œil font rouler la pupille, font chanter le cristal.
Et les gens minces me dévêtent, me dénigrent.

Empoigne ou noyade, ou refus.
Ceux qui disent «rebelle !» savent les chocs, les nudités.
Dans quelle nuit s'enfermer?
Les chambres de la suie sont les chambres du gel.
Mais nous serrons nos corps dans des étuis de fées.

J'avais dix ans, j avalais l'eau fendue des rivières.
Je craignais tout, le corps de mon père derrière le soleil noir.
Sifflait la verge aiguë quand je voulais dormir.
Je cachais mon corps au-delà de la langue.

Voyage sous la peau quand tu dors sans regard : poulpes, hérissons, guêpes cherchent ton cœur.
Et c'est la sarabande.
Et c'est la sœur des sœurs qui boit le doré liquide.
Cache dans le talon ton trésor de paroles.

Soleil cousu d'eau limpide.
Le petit parfum des laines laisse le cœur en alerte.
Et la maison cache la chaleur du jour bleu qui succombe.
Les paupières sont si fines qu'un doigt d'enfant les brise.
L'aveugle étau du sang serre la morte hébétude.

Mouvement du bras:

le coq noyé m'appelle

et je cache les bibelots de buis,

je caresse mes sifflets de soie.

Le toucheur d'épaule

est un pirate.

Et nul dormeur ne dort

dans ma salive.

Nul poing n'étouffe

le cœur qui bat.

Rêviez-vous d'urinoir, d'adolescent bleu dès la douche ou caressant le membre alléché dès la dérobade et le toucher?
Je fourrai la langue aladine où passa le doré liquide et la douceur, l'amande avalée dès qu'ubu réveilla l'androgyne.
Et le souffleur rasé prononce : «Faut-il sans odeur adorer le lys surgi de l'étoffe, de l'éclair, dont le front garde une étoile ?»
L'enfant saisit le manche où dort le loir qui délire, où respire la liqueur, où l'assommoir délivre à coups d'encensoir noir (l'éléphant dans l'urinoir),
le doux boutoir du givre accueilli par les doigts.
Le bègue atteint la flèche et les mots vont nourrir la gousse, la bouche écarlate.

Nul instrument ne moud la main tendue, la langue.
Va-et-vient de velours sous l'arc bandé du cuir.
Saisir le seing qui bute le pâle ouvrier du plaisir, l'arthur ensemencé du rêve où le passant nu retrouve quatre sabots de destrier, sur le pavé de l'écurie,
l'alcool, l'éther, l'urine, jasmin vagabond de l'extase.



Poème publié et mis à jour le: 14 novembre 2012

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