Le Sablier Vide, Paul Eluard
Poèmes

Le Sablier Vide

par Paul Eluard

Offerte au renard parti depuis longtemps

Par les rues encombrées

Reprenant

Ce qu'elle avait donné de plus précieux

Le sang ne tachait plus jamais sa robe

Il y eut plusieurs de ses amis pour le remarquer

Des fleurs pareilles à des souliers
Dans la montagne
Faisant corps avec les roches tendres
Ou bien dans les bois de grande chasse

Dans les buissons proposés aux lumières
Comme un os à la gueule éblouissante des chiens
Une toute petite maison cartilage
Fascinait encore quelques crocs nouveaux
Tendus vers la première proie

Au milieu de la salle d'honneur désaffectée
De grands bambins croissaient
Encouragés par leurs nourrices et leurs mamans
Des saintes obscènes

Ils ressemblaient à des dindons géants
Leurs coquilles natales à leurs pieds

Les tulipes des cafés se fanaient

Je répète qu'il était huit heures du matin

Une heure à s'en aller par les rues maintenant vides

Comme des cendriers propres.



Poème publié et mis à jour le: 15 novembre 2012

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