Yves Tanguy, Paul Eluard
Poèmes

Yves Tanguy

par Paul Eluard

Paul Eluard

Un soir tous les soirs et ce soir comme les autres

Près de la nuit hermaphrodite

A croissance à peine retardée

Les lampes et leur venaison sont sacrifiées

Mais dans l'œil calciné des lynx et des hiboux

Le grand soleil interminable

Crève-cœur des saisons

Le corbeau familial

La puissance de voir que la terre environne.

Il y a des étoiles en relief sur eau froide
Plus noires que la nuit
Ainsi sur l'heure comme une fin l'aurore
Toutes illusions à fleur de mémoire
Toutes les feuilles à l'ombre des parfums.

Et les filles des mains ont beau pour m'endormir
Cambrer leur taille ouvrir les anémones de leurs seins
Je ne prends rien dans ces filets de chair et de frissons
Du bout du monde au crépuscule d'aujourd'hui
Rien ne résiste à mes images désolées.

En guise d'ailes le silence a des plaines gelées
Que le moindre désir fait craquer
La nuit qui se retourne les découvre
Et les rejette à l'horizon.

Nous avions décidé que rien ne se définirait
Que selon le doigt posé par hasard sur les commandes d'un appareil brisé.



Poème publié et mis à jour le: 15 novembre 2012

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