Le Ciel, Paul Eluard
Poèmes

Le Ciel

par Paul Eluard

Paul Eluard

Mondai est parisien

Il est de la vieille race des bâtards

Il est seul pauvre frêle

Nous le voyons gagner à grand'peine sa vie

Il ne s'attaque pas à ses ennemis

Son linge le fuit

Sa maison se lézarde

Son cœur faiblit

Ses yeux ont perdu leur éclat

Trop tard pour avoir une idée

Le sommeil ni l'été ne lui sont plus d'aucun

Il ne pense pas à mourir

Dans la plaine orageuse

Ni bonne ni mauvaise

Les racines des gémissements

Pourrissent

Les verdures sont pliées

Entassées abattues

Comme des livres

Les violettes funèbres sonnent l'os

Et l'inerte comme des lèvres blafardes

Les serrures des fossés bouchées

Les mains qui s'ouvrent sont saisies

Du doux tremblement de la vase

Sous le vent d'acajou

Les nerfs

Sous les veines gonflées de la pluie énorme

La terre grasse

Sous le soleil sourd

Le cœur

Majestueux le lourd harnachement
Du mauvais temps quotidien
Sûr de sa route parmi les hommes

Une telle misère
Un tel défi

Il y a pourtant des rires sur terre

Qui applaudissent des promesses de sang jeune

Sans souvenirs

Des promesses de soleil frais

Au pied des derniers remparts

Qui vont se mêler au jour

Inexplicablement

Puisque
Mondai fils de tout et de peu
Est seul n'a rien et ne veut rien

Pas même combattre ses ennemis.



Poème publié et mis à jour le: 15 novembre 2012

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