Le Baiser, Paul Eluard
Poèmes

Le Baiser

par Paul Eluard

Paul Eluard

Un coq à la porte de l'aube

Un coq battant de cloche

Brise le temps nocturne sur des galets de promptitude

Un lancer de ramages

Entre deux transparences inégales

On ne va pas si tôt lever la tête

Vers la lumière qui s'assemble

Mais la baisser

Sur une bouche plus vorace qu'une murène

Sur une bouche qui se cache sous les paupières

Et qui bientôt se cachera derrière les yeux

Porteuse de rêves nouveaux

La plus douce des charrues

Inutile indispensable

Elle sait la place de chaque chose

Dans le silence

Collier rompu des mots rebelles

Une autre bouche pour litière

Compagne des herbes fiévreuses

Ennemie des pièges

Sauvage et bonne formée pour tous

Et pour personne

Bouche oublieuse du langage

Bouche éclairée par les mirages de la nuit

Le premier pas sur cette route franche

Monotone comme un enfant

Mille orchidées à l'infini

Brillant brûlant pont vivant

Image écho reflet d'une naissance perpétuelle

Cest gagner un instant

Pour ne plus jamais douter de durer.



Poème publié et mis à jour le: 15 novembre 2012

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