Le Chateau, Michel Deguy
Poèmes

Le Chateau

par Michel Deguy

Merveille par une soirée de demi-lune : derrière le bruit des douves occupées à serrer leur double ceinture, la masse laiteuse du château, dont la brume estompe les
disparités ; les buis ronds et les buis pointus balisent la sortie vers le large de la plaine ; merveille.

L'orangerie voûtée, la clairière de la pelouse plus grande que toute fête, les arbres exhaussés depuis des siècles éduquaient les fils vers la grandeur du
monde qu'un bâtisseur avait su rendre visible. Beaucoup — les comptait-on ? — habitaient un domaine sans proportion avec leur squelette. Grâce au château où
conduisait un grand jardin ils vivaient en mesure.

Chez nous : la pesanteur des corps torturés entassés dans les fentes de la prison ; des femmes dont le visage ressemble à un corps : yeux, bouches et cheveux et narines se
décomposent les uns des autres ; et la haine qui rompt le temps.



Poème publié et mis à jour le: 15 novembre 2012

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