Poèmes

La Terre qui S'éloigne

par Jacques Réda

Nous pouvons dire ici,

Douces briques sans fin recuites par le désert,

Furent
Ninive et
Babylone ; mais la terre,

Quand elle aura comme un charbon sanglant dispersé

dans le ciel
Nos os, nos codes et le soc des dernières charrues,
Qui dira, désignant cet orbe annulé dans l'espace,
Ici fut le nid appendu entre les branches du soleil,
Le feuillage de l'arbre de parole et sa racine
Arrachée et jetée au feu sans flamme de l'éther ? (Et déjà nous nous éloignons un peu dans le sifflement

des fusées ;
Du sas étroit, l'éclaireur des routes d'étoiles
Emerge, et de ses bras épais saisit la terre mère
Comme la tète d'un enfant perdu qui reparaît en songe —
Et nul n'a plus de voix, ni le rêve, ni le dormeur,
Ni la nuit véhémente qui les emporte.)



Poème publié et mis à jour le: 14 novembre 2012

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