Poèmes

La Logique

par Patricia Duflot

Il faut retrouver la logique du chat dans la maison.
La logique du miaulement.
Il faut retrouver la logique de la table posée dans l’espace d’une chambre avec une fenêtre ouverte et le soleil dehors.
Il faut retrouver la logique des villes, enfouie sous les touffes d’herbes aux confins des cités.
Il faut capter la structure des éclairages, broderie fine et lumineuse scintillante d’espoir.
Il faut sentir la palpitation du béton, comprendre les routes, humer les croisements, palper les boulevards et respirer les artères de communication. Il faut comprendre le fluide électro-magnétique des informations, des voitures, des voies à double sens, des ponts, des autoroutes, des panneaux de signalisation, la structure du béton, les enchâssements, les superpositions, les entrecroisements et les accumulations.
Il faut comprendre les couloirs, les déambulations et tous les hommes à chapeau qui lisent leur journal à la lumière des néons.
Il faut comprendre tous les pas, tous les échos, toutes les pièces de monnaie qui tombent dans la coupelle, tous les « merci », toutes les odeurs de vomissure, de vin, de joies rances et de rires. Toutes les dents cassées dans les sourires, il faut les comprendre.
Il faut comprendre les couloirs de métro, la structure du désespoir, le langage de la folie conjoncturelle. Il faut comprendre les stations de métro aux noms de céramique, les tunnels de la connaissance, les trains, les métaux et tous les mouvements artistiques, philosophiques qui ont chanté le corps tumultueux de la splendeur citadine, horreur, beauté, fraîcheur de jasmin. Il faut comprendre les mouvements d’âme, les humeurs, les corps qui se croisent et se sentent.
Il faut comprendre les chemins, les cailloux, les sentiers, les rivages, les vignes, les collines, les façades en ruine, les cultures, les sillons, les mains, les rides, les prunelles des yeux, le vin, l’haleine qui sent le vin, les apéritifs d’inauguration et les robes de communion.
Il faut comprendre les réceptions, les toasts, les dédicaces, les célébrations, les annonces au micro, les intimidations.
Il faut comprendre le souvenir, la structure de la mémoire, l’espoir, le fantasme et la rancœur.
Il faut comprendre le cœur, le poumon, la main, la respiration.
Il faut comprendre l’essoufflement, l’envie, la déception.
Il faut comprendre le courage. Et les écrans pleins.
Et les écrans vides.
Il faut comprendre la grotte, la peur des ombres, la logique de l’orage de demain.
Il faut comprendre la danse, la femme, l’orage et les âges de demain.
Il faut comprendre l’enfant.
Il faut comprendre la lune.
Il faut comprendre l’homme taillant dans le silex qui regarde passer un train, le train traversant la brume.

Il faut comprendre l’homme qui regarde passer le train au loin.

Extrait de: 
POEVIE

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