La Halte a L'Auberge, Jacques Réda
Poèmes

La Halte a L'Auberge

par Jacques Réda

Je ne sais plus quel est le sens de cet instant
Où, par l'étroite fenêtre de l'auberge,
Le ciel pâle éclairait en moi cette certitude :
Voici le vrai visage de ma vie.

Sur le papier sombre des murs, des bergers immobiles
Souriaient.
Une paix semblable à la fatigue
Agrandissait les yeux des femmes.
Dans ma bouche,
S'épuisait lentement la saveur de l'anis.
De l'autre côté du chemin, un vent clair agitait
La tonnelle de chaume où je m'étais d'abord assis ;
Puis nous étions entrés dans la plus basse salle.
Un billard tenait le milieu, entouré de très longues tables,
Et les verres qu'on apporta étaient très lourds.
Nous nous taisions, bien qu'entre nous vibrât une impatience.
Tourné vers l'étroite fenêtre,
J'interrogeais des yeux le ciel tranquille,
Sachant que la réponse était déjà perdue
Et que, mon verre vide, il me faudrait partir encore,
Laissant ma vérité penchée sur le drap lumineux
Et les combinaisons infinies des trois boules.



Poème publié et mis à jour le: 12 juillet 2017

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