La Chanson des Ingénues, Paul Verlaine
Poèmes

La Chanson des Ingénues

par Paul Verlaine

Nous sommes les
Ingénues
Aux bandeaux plats, à l'œil bleu,
Qui vivons, presque inconnues.
Dans les romans qu'ont lit peu.

Nous allons entrelacées.
Et le jour n'est pas plus pur
Que le fond de nos pensées ',
Et nos rêves sont d'azur ;

Et nous courons par les prées
Et rions et babillons
Des aubes jusqu'aux vesprées ,
Et chassons aux papillons ;

Et des chapeaux de bergères
Défendent notre fraîcheur,
Et nos robes — si légères —
Sont d'une extrême blancheur ° ;

Les
Richelieux, les
Caussades
Et les chevaliers
Faublas
Nous prodiguent les œillades,
Les saluts et les « hélas ! »

Mais en vain, et leurs mimiques
Se viennent casser le nez
Devant les plis ironiques
De nos jupons détournés ;

Et notre candeur se raille *
Des imaginations
De ces raseurs de muraille,
Bien que parfois nous sentions

Battre nos cœurs sous nos mantes
A des pensers clandestins.
En nous sachant les amantes
Futures des libertins.



Poème publié et mis à jour le: 15 novembre 2012

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