Jean Follain, Eugène Guillevic
Poèmes

Jean Follain

par Eugène Guillevic

Eugène Guillevic


Alors —

A lui seul ce mot
Disait la conjonction.

Donc :
Examiner.

Et, si possible, ensuite,
S'insinuer au mieux.

Par la superficie,
S'insinuer dans le réseau.

La fille savait

Ou ne savait pas que son corps

Était de la nature
Du tissu des pétales.

Toi tu le savais
Tellement

Que c'était difficile
De ne pas le crier.

Un œil
Toujours

Comme tapi dans un angle

Au plus ombreux du plus lointain.

C'était
Abel.

*

Toutes les histoires Étaient la tienne.

Tellement toi-même
Tu étais un œil

Que tes yeux Étaient fatigués.

Ce monde

Est irrassasiable

En difficultés.

*

Difficile à comprendre

Est à quoi tend

Le mouvement, sinon

A l'arrêt définitif,
Avec

De temps en temps la grâce
De quelque halte partagée.

C'était
Abel

Qui du fond

De sa noire demeure

Ne comprenait pas
Qu'il y eût ces corps,
Cette chair

A dépenser.

Et ce n'est pas

Qu'il demandait vengeance,

Mais il suppliait
Une explication.

Pas de ce monde,
La neige.

A peine regardable
Son reflet

Au bas d'une joue.

La joie parfois
De s'approcher

Du silence qui a la teneur
D'un corps de jeune fille.

Qui connaîtrait
Tout le réseau

Ne pourrait jouir
Autant que nous

De l'avoir parfois
Entredeviné.

Tu distinguais mal
Horizontal et vertical.

Plutôt vertical Était le mystère.

Le sang des corps
Est la sève du temps.

Se voir

Jusqu'à la fin
Vivre sa fin.

C'était voulu,
C'était rêvé.

Juste le temps

De ne pas s'y faire.

Tu savais

Que la conjonction
Pouvait t'échapper,

Être tout à fait
En dehors de toi,

En dehors même

De ce réseau que tu scrutais.

Tu savais

Qu'il y a un rire
Qui fait mal
A l'œil d'Abel.

C'était cela

Que tu craignais le plus.

Le temps, lui, savait
Que contre lui
Tu avais des ruses.

Il a dû s'en remettre
A l'accident.

*

L'accident
Détruit le réseau,

Détruit l'instant

Qui est du temps qui s'aime.

Croire,

Ne pas croire

Qu'avec le temps qui passe,
Avec le temps qui stagne
Ou qui paraît stagner,

Une entente
Est possible.

*

Croire,

Ne pas croire

Qu'on pourra faire du réseau
Un habitat gérable.

Maintenant le réseau

Est comme s'il n'était pas.

Abel
Est seul.



Poème publié et mis à jour le: 12 mars 2014

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