Fugue du Bateau-Mouche, Louis Aragon
Poèmes

Fugue du Bateau-Mouche

par Louis Aragon

Louis Aragon

Vincennes
Vincennes d'où vient la
Seine pour
Au
Point-du-Jour porter les noyés par amour
Jaune ou bleue

suivant le

temps qu'il fait

à la rime
Comme un crime parfait qu'on parfume et qu'on grime
S'il pleut sauve_ qui peut quai mauve et pluie argent
Ouvrez-vous dômes noirs sur la tête des gens
Passant les ponts partout de
Joinville à
Chatou

Ta ligne de vie ô capitale

ô toi comme
La peine ainsi qu'on nomme

est arc arcade arcane
Arcature au-dessous des pieds pressés des hommes
Une signature d'eau qui fait le gros dos
Entre le futur et le passé
Tracé gauche ui fauche à tort ton cœur d'un cri de remorqueur bloui

Mais étincelle à bâbord et c'est
I*
Ile
Saint-Louis

Par où glisser dedans dehors
Dessus dessous
Coté des
Oiseaux je m'engage
Je suis au désespoir de tous ces chants en cage
Coté des
Fleurs j'en vois de toutes les couleurs
La
Préfecture
Un
Monsieur qui vous veut du bien
Une personne un peu mûre et son petit chien
De pique
Une blessure au cœur
Est-ce le mien
Bats-moi les cartes c'est plus sûr un deux trois quatre
S'il y a du monde au pied des pont figure-Toi que c'est que l'on inaugure

un bateau-pompe
Des trèfles des trèfles c'est de l'or ou des nèfles
Mais laissons veux-tu les sons et la
Tour
Pointue

Les jeux sont faits
Plus rien ne servirait de battre
Joli bruit du
Pont-Neuf
Bonjour à
Henri
Quatre
Et les couverts sont mis
Bonsoir l'Académie
Et quant au
Louvre à droite il faudrait l'ouvre-boîte
Car tous les jeux de mots ne me sont pas~permis
Oh mais rêvant j'omets le
Pavillon de
Flore
Qui ne se peut pourtant forclore du folk-lore
Ni le
Palais d'Orsay qui n'est pas laid tu sais
Je n'éplucherai pas l'ombre du
Cours-la-Reine
Invalides dormez avec
Napoléon
Et le
Zouave au genou que bouffent les murènes
Aux jours des grandes eaux des inondations
Avec le soir tombant mon poème m'entraîne
Ah je croyais du moins tromper la mort-marraine
Le téléphone sonne et notre destinée
Qui dites-vous
Je deviens sourd
A qui le tour
Salut la
Tour
Eiffel et qui donc cette année
Au
Terminus sera présent
Tirons au sort
Semblables au pêcheur murmurant
Tiens ça mord
Frissonnons de la rime et du rire indécent
Nul n'attend que soit dit tout le monde descend

Personne n'est prophète au pays de sa mort



Poème publié et mis à jour le: 15 novembre 2012

Lettre d'Informations

Abonnez-vous à notre lettre d'information mensuelle pour être tenu au courant de l'actualité de Poemes.co chaque début de mois.

Nous Suivre sur

Retour au Top