Poèmes

Foule Immense et Vaine

par Alfred de Vigny

Alfred de Vigny

Foule immense et vaine
Qui remue à peine
Et tient son haleine
Au son de ta voix,
Séduite à tes charmes,
Craignant tes alarmes,
Pleurant de tes larmes,
Emue à la fois.

Tu n'as pas tant d'âmes
D'hommes ni de femmes,
Ni tant d'yeux en flammes

Entre les piliers,
Tes lèvres frivoles
Ont moins de paroles
Ardentes et folles ,
Sortant par milliers;

Tu n'as pas aux portes
Autant de cohortes
Avec des mains fortes
Et en noirs chapeaux;
Tu n'as pas aux grilles
Tant de jeunes filles
Froissant leurs mantilles
Auprès des manteaux,

Tant de galeries

Peintes et fleuries,

Tant d'allégories

De
Mars et d'Amours,

Tant d'or qui flamboie

Ou qui se déploie

Sur la loge en soie

Aux bras de velours;

Foule spectatrice,
Foule adoratrice
De la belle actrice
Aux yeux grands et bleus,
Ton parterre sombre
Comme un lac dans l'ombre,
N'a pas si grand nombre
De fronts onduleux

Que ses lèvres pures

N'ont eu de morsures
Changeant en blessures
Mes baisers ardents,
Lorsqu'elle soupire
Et lorsque j'expire,
Baisant son sourire
Sur ses belles dents.



Poème publié et mis à jour le: 12 juillet 2017

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