Poèmes

Elle se Fit Élever un Palais

par Paul Eluard

Paul Eluard

Un taillis de nuages sur un rond-point solaire

Un navire chargé de paille sur un torrent de quartz

Une petite ombre qui me dépasse

Une femme plus petite que moi

Pesant autant dans la balance des pygmées

Qu'un cerveau d'hirondelle sur le vent contraire

Que la source à l'œil vague sur la marée montante

Un jour plus loin l'horizon ressuscite

Et montre au jour levant le jour qui n'en finissait plus

Le toit s'effondre pour laisser entrer le paysage
Haillons des murs pareils à des danses désuètes
La fin maussade d'un duel à mort où naissent des

retraites des bougies
La mise au tombeau comme on tue la vermine

Rire aux éclats une palette qui se constitue

La couleur brûle les étapes

Court d'éblouissements en aveuglements

Montre aux glaciers d'azur les pistes du sang

Le vent crie en passant roule sur ses oreilles

Le ciel éclatant joue dans le cirque vert

Dans un lac sonore d'insectes

Le verre de la vallée est plein d'un feu limpide et

doux
Comme un duvet
Cherchez la terre
Cherchez les routes et les puits les longues veines

souterraines
Les os de ceux qui ne sont pas mes semblables
Et que personne n'aime plus
Je ne peux pas deviner les racines
La lumière me soutient

Cherchez la nuit

Il fait beau comme dans un lit

Ardente la plus belle des adoratrices

Se prosterne devant les statues endormies de son

amant
Elle ne pense pas qu'elle dort
La vie joue l'ombre la terre entière
Il fait de plus en plus beau nuit et jour
La plus belle des amantes
Offre ses mains tendues
Par lesquelles elle vient de loin
Du bout du monde de ses rêves
Par des escaliers de frissons et de lune au galop
A travers des asphyxies de jungle
Des orages immobiles

Des frontières de ciguë

Des nuits amères

Des eaux livides et désertes

A travers des rouilles mentales

Et des murailles d'insomnie

Tremblante petite fille aux tempes d'amoureuse

Où les doigts des baisers s'appuient contre le cœur

d'en haut
Contre une souche de tendresse
Contre la barque des oiseaux
La fidélité infinie

C'est autour de sa tête que tournent les heures sûres du lendemain

Sur son front les caresses tirent au clair tous les mystères

C'est de sa chevelure

De la robe bouclée de son sommeil

Que les souvenirs vont s'envoler

Vers l'avenir cette fenêtre nue

Une petite ombre qui me dépasse
Une ombre au matin.


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