Dialogues, Eugène Guillevic
Poèmes

Dialogues

par Eugène Guillevic

Il s'ennuie, ce clocher.

Non.

Comment tu sais?

Il tomberait.

Et le ciel?
Il est là.
Rien à lui dire?
Qu'il regarde !

Il y en a des toits.
Des milliers.
Différents?
Compagnons.

Tu vois ce couple?
Un couple.
Ils s'aiment.
Embrasse-moi.

Cette porte.
Je la connais.
Sourde et muette.
A l'extérieur.

Ce passant?

Il passe.

Peut-être il voudrait.

Peut-être.

Encore une pierre.
Ce n'est pas certain.
Comment ça?
Il n'y en a qu'une.

Prends cette fleur.
A quoi bon?
Je te la donne.
Elle dort.


Tu aimes les puits.


Pas sûr.


Tu y regardes.


Sans doute à cause de l'horizon.

*


Tu voudrais être un oiseau?


Lequel?


Un épervier?


Aussi bien.

*


C'est actif, un arbre.


Pas de dimanche.


Il y a les hivers.

— Ça usine.

*


La feuille tombe.


Ne savait pas.


L'ardoise tombe.


L'avait prédit.

*


Pourquoi cette barrière?


Va savoir.


Qui sait?


Même pas elle.

*


L'été, ça peut durer?


Mais oui.


Longtemps, longtemps?


Tout un instant parfois.

*


C'est quoi, une lande?


Un espace qui pique.


Quoi donc?


L'espace.

*


Tu parles toujours des rochers.


Ils sont là.


Pas rien qu'eux.


Mais sans eux?

*

La pendule.
Qu'est-ce qu'elle fait?
Elle s'habitue.
Qu'elle se répète.

On cogne à la porte.
C'est le vent.

Alors pourquoi cette peur?
C'est quel vent?


Sous le plancher. —
Un plafond. —
Entre les deux? —
Ce qui compte.

*


Ce qui t'en veut. —
Pas mal de choses. — Ça creuse vers toi. —
Donc j'existe.


Les bêtes. —
On en est. —
A ce point? —
Elles en doutent.

*


Une bille, ça roule. —
C'est fait pour ça. —
Et quand ça ne roule pas?-—
C'est une bille.

Les portes.
J'en ai peur.
Mais elles dorment.
Sur quoi?

Encore un mur.

Il en faut.

Mais un mur pour rien?

C'est qu'il en faut.

Avec les jumelles.

C'est assez triste.

Pourquoi?

Ça n'allonge pas les bras.

Un gendarme de garde.
En pleins champs.
Il garde quoi?
L'horizon, peut-être.


Il y a cinq continents.


Je ne suis pas doué.


Pour quoi?


Pour les divisions.

*


Les voyages, les ports, les îles.


Pour d'autres.


Et toi?


Trop d'espace.

*

Tu sais, les jeunes filles.

Non.

Tu n'en connais pas?

Justement.

A tire d'ailes. Ça se dit.
Tu pratiques?
Comme si.


Alors tu as été seul? —
Tout seul. —
Dans toutes ces rues? —
Dans ces rues toutes seules.

*


Ce fut long? —
Très long. —
Par rapport à quoi? —
Par rapport à moi.


L'horizon, vous connaissez? —
Parlez plus bas. —
Il vous cherche. —
Il n'y a pas que lui.

*


Il est monté au calvaire. —
Pas les autres? —
Il est tombé plusieurs fois. —
Pas les autres?

*

Quoi, l'eau?
Elle aussi.
Quoi?
Son histoire.

C'est-à-dire.
Dis.

Qu'est-ce à dire?
Ne dis pas.

Tu dessines?

J'invente.

Quoi?

La brouette.

Tu n'imagines pas?

Non.

Tu n'imagines rien?

Donne.


Je te fais rire.


Mais non.


Tu ris pourtant.


Si c'est moi.

*


A quoi tu penses?


Comme toi.


C'est-à-dire?


A moi.


Encore une heure?


Il en faut tellement.


Pour quoi faire?


Pour préparer la nôtre.


Tu avoues?


J'avoue.


Qu'est-ce que ça te fait?


M'interroger.

Tu es fatigué?
Questionne encore. Ça te fatigue.
Moins que ton silence.

Tu calcules?

Parfois.

Quoi, par exemple?

Ta résistance.

Tu notes?

Oui.

Ce que je dis?

En marge.

Tu dors?

J'aimerais parfois.
Mais je te vois dormir.
C'est qu'on me dort.

Regarde mes yeux.

Je les connais.

Tu en es sûr?

Sûr qu'ils m'échappent.

Ton orgueil.
Le tien.

Plus ton humilité.
A la tienne.


C'est tout?


Oui.


Plus rien à dire?


Autant.

*


Tu sors?


Non.


Tu pare?


Je crois.

*

Loin?
Oui.

Heureux?
Adieu.

L'amitié.
On en a besoin.
Tout?
Regarde l'eau


Tu es seul.


Il faut bien.


C'est utile?

— Ça provoque.


C'est long pour l'écluse.


Elle te l'a dit?


Je vois bien.


Tu sais, dans l'eau.

*

Ça va?

Ça va.

Toi, ça va?

Ça va sans moi.

Il souriait.
Tu sais à quoi?
Pas très bien.
A son sourire.

Il fait nuit?

Ça dépend.

Ça dépend de quoi?

De nous.

Quelle histoire!
Mais laquelle?
La nôtre.
C'est une histoire?

Pendant ce temps, la mer.

Quoi, la mer?

Continue.

Comme n'importe quoi.

Ouvre, ouvrez.
Non.
Ouvrons.
Oui.

C'est encore de la politique.

Bien sûr.

Donc tu en fais.

Comme la rose contre toi.



Poème publié et mis à jour le: 13 mars 2014

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