Poèmes

Déménager

par Jean-Michel Bollet

Combien de fois, ai-je dit : ce Lot-et-Garonne
Aux vergers de pruneaux, aux coteaux adoucis,
A des rivières, des lacs clairs et sans souci,
De longs champs de maïs, de la cloche asynchrone

Qui sonne le dimanche, à Nérac, à Marmande,
Pour de vieux pratiquants à l’accent rocailleux
Qui causent le béret pointu devant les yeux
Malicieux cherchant la noisette et l’amande

Dans leur sac, du jambon de Bayonne et des noix,
Du pain à la croûte noire et à la mie blanche
Et qui s’apostrophent en se prenant la manche :
« Casteljaloux, millo dious, c’est l’Agenois ! »

Aux alentours d’Agen où se marient les cieux,
Le pont-canal enjambe une plaine fertile
Aux jardins potagers à la senteur subtile
Déclinant des couleurs qui ravissent les yeux.

J’ai pensé : mon voyage a pris fin aujourd’hui
Près de l’écluse où ce vieil homme me fait signe
Qui nourrit deux canards ennuyés par un cygne
Et l’aboiement soudain d’un gros chien me séduit.

Je vais déménager mon Jura, mes sapins,
Les vaches à Comté, la gentiane verte
Etendue dans le pré, odorante et offerte
Aux mufles des bovins qui font fuir les lapins.

J’emmènerai aussi mon bois de Rosemont
Et le champ du taureau quand la neige et la luge
Le visitent l’hiver et jamais le déluge
N’est venu poussé par la fourche du démon.

Les Vallières, bien sûr, seront les bienvenus,
La basilique, aussi et les quatre cent trente
Logements dits sociaux datant de l’an quarante
Dont le maire est exclus : c’est un grand parvenu !

Je connais un endroit pour Chaudanne et Planoise,
A l’est, un peu au nord, du côté d’Astaffort ;
Je les mettrai droit près des ruines du fort
Où, seul, un chat rayé pourrait chercher la noise.

Je laisserai le clan défendant d’être à jeun
Dont je n’ai nul besoin mais j’aurai un Berbère,
Un Albert Bisontin et un long réverbère
Pour éclairer la piste aux boulistes d’Agen.

Je pense à mon Hugo : Me scrute-t-il du haut ?
(Il doit être sévère avec ma poésie !)
Et à mon Nougaro bouillant de frénésie ;
Tous les deux réunis : Punaise, quel duo !

La cancoillotte à l’ail, les magrets aux pruneaux,
Seront accompagnés d’un Buzet frais et jeune,
Un vin bleu-violet servi sans qu’on déjeune
Qu’offrent de vieux malins parfois à des jeunots.

Le Doubs dans la Garonne et le Lot et la Saône
Peuvent se mélanger, ce sont de douces eaux ;
Les pinsons sont partout, bon, j’aurai les oiseaux
Qui sont aussi au Rhône, à tous et à personne.

Et si chacun campait sur ses positions ?
Je me verrais contraint de faire des voyages
En emportant un peu des deux dans mes bagages
Afin d’équilibrer les répartitions.

Alors, comment choisir ? Ce n’est pas si facile.
Hugo ou Nougaro ? Agen ou Besançon ?
L’illustre poète et le roi de la chanson
Qui perdit Cécile au pied de son domicile.

Cancoillotte ou pruneau ? Gascon ou vrai Comtois ?
Et si je décidais de descendre à Marseille ?
J’entends déjà : « La-bas ? Je te le déconseille…
Ton accent n’irait pas ! T’es pas un peu con, toi ? »



Poème publié et mis à jour le: 05 fvrier 2018

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