Poèmes

Jules Bolomier

par Jean-Michel Bollet

Dans son pantalon bleu qu’une ficelle tient
Sur ses sabots terreux et sa veste éternelle
Plissant son dos voûté tout son passé contient
Le cheminement de sa source originelle

Il ne pense pas à de brochet la quenelle
Car l’étang avec ses tanches lui appartient
Et son chien de berger à l’âme fraternelle
Lui mangeant dans la main en forme le maintient

L’aube le voit passer sur le sentier herbeux
Pour aller enchanté sur son champ où sa vache
Paît en tranquillité au milieu de deux bœufs
Et d’un cheval de trait qu’il mène sans cravache

Il manie vers midi du bois avec sa hache
Puis descend vers l’étang sur le chemin bourbeux
Et c’est au moment où il frise sa moustache
Qu’une myrtille naît sur l'espace tourbeux

Il ne sait pas s’il va rentrer pour déjeuner
Car des jeux imprévus s’offrent à son sourire
Et hui comme hier il va sans doute jeûner
Sans se soucier de la frite acceptant de frire

Le soir dans sa masure il sait qu’il a mené
Sa journée dans la paix qu’il aimerait décrire
A celui qui à son travail est surmené
Et qui va se faire une ordonnance prescrire

Dans son Jura il va rêver de Saint Amour
La nuit durant qui le voit dormir à Chazelle
Où ses parents virent l’aurore au premier jour
Né avec la candeur d’un cœur frais de gazelle

Il appelle la mort la chère demoiselle
Seule comme lui qui ne put faire la cour
A celle qu’il aurait aimée avec ce zèle
Appartenant à ceux craignant un non-retour

Ses amis sont la pluie le soleil et le vent
Le givre et le gel et les tombereaux de neige
Enfouissant bois étang dès l’Avent et souvent
Présente autant chez lui qu’au sommet de la Meije

Toutes ses bêtes ne disent jamais que n’ai-je
Un endroit où l'air franc donne un chant plus fervent
Au bruant des roseaux à la robe mi-beige
Qu’aimerait porter la sœur aînée d’un couvent

Jules n’a pas d’argent et rien n'en sait son chien
Mais son coffre fort d’or est dans son temps de vivre
Qui fut lui aussi jeune et qui devient ancien
Avec quelques grains fins sur la tête de givre

Le touriste averti s’ahurit dans un livre
Qu’il existe au moins un type sans un lien
Avec la vile ville où s’avilie l’air ivre
De puiser au tréfonds du poumon francilien

Monsieur Bolomier qui êtes-vous pour rester
A Chazelle écartée de Saint-Amour la belle
Où vous êtes allé juste pour la tester
Avant de revenir avec l’âme rebelle.

Monsieur Bolomier qui aimez la mirabelle
Accrochée à sa branche afin de la lester
Vous voyez la chiper l'alerte colombelle
Sans que bouche bée vous n’arrivez à pester

Mirabelliers pommiers posés dans le verger
Entre les cerisiers les pruniers à chair blonde
Savent se garder seuls sans l'aide d’un berger
Mais pleurent si l’effleure une aile vagabonde

Etes-vous le berger du peuple qui abonde
Dans votre pré-carré qui se fait héberger
Par des sérénités naviguant sur une onde
Si porteuse qu’il ne le laisse s’immerger

Dans son pantalon bleu est un heureux chrétien
Qui avec bœufs vache et chien assiste à la messe
Dans sa veste éternelle élimée qui détient
Tous les secrets divins qui tinrent leur promesse

Il ne veut pas du vin qu’on gagne à la kermesse
Car ne n'est pas l'amour du gain qui le retient
Son cou n’est pas contraint par un foulard hermesse
Mais il lit avec soin l’épître au Corinthien.

Chazelles
Hermès
Aux Corinthiens


Poème publié et mis à jour le: 18 septembre 2019

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