Poèmes

Cri Perdu

par Sully Prudhomme

Quelqu'un m'est apparu très loin dans le passé :

C'était un ouvrier des hautes Pyramides,

Adolescent perdu dans ces foules timides

Qu'écrasait le granit pour Chéops entassé.

Or ses genoux tremblaient ; il pliait, harassé

Sous la pierre, surcroît au poids des cieux torrides ;

L'effort gonflait son front et le creusait de rides ;

Il cria tout à coup comme un arbre cassé.

Ce cri fit frémir l'air, ébranla l'éther sombre,

Monta, puis atteignit les étoiles sans nombre

Où l'astrologue lit les jeux tristes du sort ;

Il monte, il va, cherchant les dieux et la justice,

Et depuis trois mille ans sous l'énorme bâtisse,

Dans sa gloire, Chéops inaltérable dort.



Poème publié et mis à jour le: 16 novembre 2012

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