Cotes, Rene Char
Poèmes

Cotes

par Rene Char

René Char

Ces certitudes distraites, elles sont nos fondations. Nous ne pouvons les nommer, les produire et encore moins les céder. Sont-elles antérieures à nous? Datent-elles d'avant la
parole et d'avant la peur? Et vont-elles cesser avec nous ? A la fourche de notre branche, une toute récente sève les attend pour les saisir et pour les confirmer.

Quelques êtres ne sont ni dans la société ni dans une rêverie. Ils appartiennent à un destin isolé, à une espérance inconnue. Leurs actes apparents
semblent antérieurs à la première inculpation du temps et à l'insouciance des cieux. Nul ne s'offre à les appointer. L'avenir fond devant leur regard. Ce sont les plus
nobles et les plus inquiétants.

Cahier des émeutes, le cœur nourrit ce qu'il éclaire et reçoit de ce qu'il sert le cintre de sa rougeur. Mais l'espace où il s'incorpore lui est chaque nuit plus
hostile. O la percutante, la ligneuse douleur !

Bientôt on ne voit plus mourir mais naître et grandir. Nos yeux sous notre front ont passé. Par contre, les yeux dans notre dos sont devenus immenses. La roue et son double
horizon, l'un à présent très large et l'autre inexistant, vont achever leur tour.

Si l'on ne peut informer l'avenir à l'aide d'une grande bataille, il faut laisser des traces de combat. Les vraies victoires ne se remportent qu'à long terme et le front contre la
nuit.

Méfiez-vous de moi comme je me méfie de moi, car je ne suis pas sans recul.

Nous avons les mains libres pour unir en un nouveau contrat la gerbe et la disgrâce dépassées. Mais la lenteur, la sanguinaire lenteur, autant que le pendule emballé, sur
quels doigts se sont-ils rejoints?



Poème publié et mis à jour le: 15 novembre 2012

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