Complainte de la Lune en Province, Jules Laforgue
Poèmes

Complainte de la Lune en Province

par Jules Laforgue

Ah ! la belle pleine
Lune,
Grosse comme une fortune !

La retraite sonne au loin.

Un passant, monsieur l'adjoint ;

Un clavecin joue en face,
Un chat traverse la place :

La province qui s'endort !
Plaquant un dernier accord.

Le piano clôt sa fenêtre.
Quelle heure peut-il bien être ?

Calme
Lune, quel exil !
Faut-il dire : ainsi soit-il ?

Lune, ô dilettante
Lune, À tous les climats commune,

Tu vis hier le
Missouri,
Et les remparts de
Paris,

Les fiords bleus de la
Norvège,
Les pôles, les mers, que sais-je ?

Lune heureuse ! ainsi tu vois, À cette heure, le convoi

De son voyage de noce !
Ils sont partis pour l'Ecosse.

Quel panneau, si, cet hiver.
Elle eût pris au mot mes vers !

Lune, vagabonde
Lune,

Faisons cause et mœurs communes ?

O riches nuits ! je me meurs,
La province dans le cœur !

Et la lune a, bonne vieille.
Du coton dans les oreilles.



Poème publié et mis à jour le: 14 novembre 2012

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