Poèmes

Chant Cinquième

par Henri Michaux

Henri Michaux

Un désert brûlant, en sa saison extrême, sous le soleil le plus ouvert, en la
Saison que, même le grand scorpion noir africain hésite à sortir ses pattes sur le sable poivré de chaleur, ce désert, une armée qu'on croyait endormie, le
traversa, s'ébranlant dans des chars plus chauds que des poêles, fonçant en avant, et une bataille nouvelle dut être livrée.

Les éléments hostiles ne faisaient pas reculer.

Ici, le sable était si chaud qu'il faisait éclater la peau des jambes.

Là, si dense était la boue qu'elle engluait les canons, les hommes, les chevaux, dans un écœurant et gigantesque empêtrement.

Ailleurs, le froid glaçait l'œil dans l'orbite comme une bille.

Les armes, l'acier, collaient aux doigts, martyrisaient l'homme longuement, comme une grenouille sous un savant penché, bistouri à la main et préoccupé, préoccupé
de ses réflexes, si curieux, si curieusement finalistes d'allure, quand on y songe.

Le ciel était mis en batterie contre la terre et la terre contre le ciel.

Même au fond des eaux un navire n'était pas tranquille.

Hébétés dans la mêlée.
Hébétés hors de la mêlée.

La vie entre l'écorce et l'arbre pour les plus fortunés.

Les pensées, les propos étaient mitraillés.
L'air même était devenu policier.
Beaucoup regardaient leur nez, leur nom avec inquiétude, cherchant dans leur tréfonds les tendances d'une race honnie.



Poème publié et mis à jour le: 14 novembre 2012

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