Poèmes

Chanson 4

par Etienne Jodelle

Ton malheur n'est pas si grand

Comme est la feinte
Puisqu'à ton cœur il défend

L'heur d'une plainte.
On peut bien plaindre et celer

Lorsqu'on soupire
Sans dire
Quels beaux yeux nous font brûler

En leur martyre.

Si tu as dedans le cœur

Cent mille flammes,
C'est pour être serviteur

D'autant de
Dames ;
Celui ne doit point avoir

Quelque espérance
Qui pense
Gagner, sans faire devoir,

La récompense.

Ton amour n'est rien que vent

Ni cette peine
Dont tu te plains si souvent

Que chose vaine ;
Aussi pour te guerdonner,

Ame légère

Espère
De te voir un jour donner

Même salaire.

Je ne vois que ma beauté

Sur d'autre excelle,
Ni sur quelque fermeté

Ton étincelle ;
Si l'on te voyait brûler

De vraie flamme

Dans l'âme,
Tu ne pourrais tant celer

Ce qui t'enflamme.

Quand mon œil n'aurait d'en haut

Pris origine,
Il verrait bien quel défaut

En toi domine ;
Un tas de jeunes amants

Plein d'inconstance
Ne pense
Qu'à se feindre des tourments

Pour récompense.

Tu fais bien de souhaiter

Qu'Amour accroisse
Tes flammes pour augmenter

Tant de tristesse ;
Lorsqu'on te verra souffrir,

Ayant éteinte

La feinte,
Espère voir secourir

Ton âme atteinte.



Poème publié et mis à jour le: 14 novembre 2012

Lettre d'Informations

Abonnez-vous à notre lettre d'information mensuelle pour être tenu au courant de l'actualité de Poemes.co chaque début de mois.

Nous Suivre sur

Retour au Top