Poèmes

À la Place Maubert

par Aristide Bruant

Aristide Bruant

Je m’ demande à quoi qu’on songe
En prolongeant la ru’ Monge,
À quoi qu’ ça nous sert
Des esquar’s, des estatues,
Quand on démolit nos rues,
À la Plac’ Maubert ?

L’été nous étions à l’ombre,
C’était coquet, c’était sombre,
Quand l’ soleil, l’hiver,
Inondait la capitale,
L’ jour était encor’ pus sale,
À la Plac’ Maubert.

Quand on n’avait pas d’ marmite,
On bouffait chez l’ pèr’ Lafrite
Pour un peu d’auber ;
Le soir on l’vait eun’ pétasse...
Un choléra sans limace,
À la Plac’ Maubert

Pour trois ronds chez l’ pèr’ Lunette,
Où qu’ chantait la môm’ Toinette,
On s’ payait l’ concert ;
Pour six ronds au Château-Rouge,
On sorguait avec sa gouge,
À la Plac’ Maubert.

Aussi, bon Dieu ! j’ vous l’ demande,
Quand yaura pus d’ ru’ Galande,
Pus d’Hôtel Colbert,
Oùsque vous voulez qu’i’s aillent
Les purotins qui rouscaillent,
À la Plac’ Maubert ?

Qu’on leur foute au moins des niches,
Comme on en fout aux caniches,
Qu’i’s soy’ à couvert
Sous quéqu’ chos’ qui les abrite
Quand i’s trouveront pus d’ gîte,
À la Plac’ Maubert.

Car quand i’s r’fil’ront la cloche,
I’s auront tous dans leur poche
El’ surin ouvert,
Et c’ jour-là, mes camarluches,
La nuit gare aux laqu’reauxmuches
De la Plac’ Maubert.



Poème publié et mis à jour le: 24 juin 2019

Lettre d'Informations

Abonnez-vous à notre lettre d'information mensuelle pour être tenu au courant de l'actualité de Poemes.co chaque début de mois.

Nous Suivre sur

Retour au Top