À Montpernasse, Aristide Bruant
Poèmes

À Montpernasse

par Aristide Bruant

Aristide Bruant

Alle avait pus ses dix-huit ans,
All’ ’tait pus jeune d’puis longtemps,
Mais a faisait encor’ la place,
À Montpernasse.

En la voyant on savait pas
Si c’était d’ la viande ou du gras
Qui ballottait su’ sa surface,
À Montpernasse.

Alle avait quéqu’s cheveux graisseux,
Perdus dan’ un filet crasseux
Qu’ avait vieilli su’ sa tignasse,
À Montpernasse.

Alle avait eun’ robe d’ reps noir,
L’ matin ça y servait d’ peignoir,
La nuit ça y servait d’ limace,
À Montpernasse.

A travaillait sans aucun goût ;
Des fois a faisait rien du tout,
Pendant qu’ j’étais dans la mélasse,
À Montpernasse.

En vieillissant a gobait l’ vin,
Et quand j’ la croyais au turbin,
L’ soir, a s’enfilait d’ la vinasse,
À Montpernasse.

Pour boire a m’ trichait su’ l’ gâteau,
C’est pour ça qu’ j’y cardais la peau
Et que j’y ai crevé la paillasse,
À Montpernasse.

Depuis que j’ l’ai pus j’ me fais vieux,
Et pendant qu’a m’attend aux cieux,
J’ rends quéqu’s servic’ à Camescasse,
À Montpernasse.



Poème publié et mis à jour le: 24 juin 2019

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